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John Locke

Essai philosophique concernant l’entendement humain Section S6

Section 95 sur 1 114

Référence canonique B2.C1.S6

Anglais

Project Gutenberg transcription of Locke author text

He that attentively considers the state of a child, at his first coming into the world, will have little reason to think him stored with plenty of ideas, that are to be the matter of his future knowledge. It is BY DEGREES he comes to be furnished with them. And though the ideas of obvious and familiar qualities imprint themselves before the memory begins to keep a register of time or order, yet it is often so late before some unusual qualities come in the way, that there are few men that cannot recollect the beginning of their acquaintance with them. And if it were worth while, no doubt a child might be so ordered as to have but a very few, even of the ordinary ideas, till he were grown up to a man. But all that are born into the world, being surrounded with bodies that perpetually and diversely affect them, variety of ideas, whether care be taken of it or not, are imprinted on the minds of children. Light and colours are busy at hand everywhere, when the eye is but open; sounds and some tangible qualities fail not to solicit their proper senses, and force an entrance to the mind; - but yet, I think, it will be granted easily, that if a child were kept in a place where he never saw any other but black and white till he were a man, he would have no more ideas of scarlet or green, than he that from his childhood never tasted an oyster, or a pine-apple, has of those particular relishes.

Français

Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition

Quiconque conſiderera avec attention l’état où ſe trouve un Enfant, dès qu’il vient au Monde, n’aura pas grand ſujet de ſe figurer qu’il ait dans l’Eſprit ce grand nombre d’Idées qui ſont la matiére des connoiſſances qu’il a dans la ſuite. C’eſt par dégrez qu’il acquiert toutes ces Idées : & quoi que celles des qualitez qui ſont le plus expoſées à ſa vûë & qui lui ſont le plus familiéres, s’impriment dans ſon Eſprit, avant que la Mémoire commence de tenir regître du temps & de l’ordre des choſes, il arrive néanmoins aſſez ſouvent, que certaines qualitez peu communes ſe préſentent ſi tard à l’Eſprit, qu’il y a peu de gens qui ne puiſſent rappeler le ſouvenir du temps auquel ils ont commencé à les connoître : & ſi cela en valoit la peine, il eſt certain, qu’un Enfant pourroit être conduit de telle ſorte, qu’il auroit fort peu d’idées, même des plus communes, avant que d’être homme fait. Mais tous ceux qui viennent dans ce Monde, étant d’abord environnez de Corps qui frappent leurs Sens continuellement & en différentes maniéres, une grande diverſité d’Idées ſe trouvent gravées dans l’Ame des Enfans, ſoit qu’on prenne ſoin de leur en donner la connoiſſance, ou non. La Lumiére & les Couleurs ſont toûjours en état de faire impreſſion par tout où l’Oeuil eſt ouvert pour leur donner entrée. Les Sons & certaines qualitez qui concernent l’attouchement, ne manquent pas non plus d’agir ſur les Sens qui leur ſont propres, & de s’ouvrir un paſſage dans l’Ame. Je croi pourtant qu’on m’accordera ſans peine, que ſi un Enfant étoit retenu dans un Lieu où il ne vît que du blanc & du noir, juſqu’à ce qu’il devînt homme fait, il n’auroit pas plus d’idée de l’écarlate ou du vert, que celui qui dès ſon Enfance n’a jamais goûté ni Huitre, ni Ananas, connoit le goût particulier de ces deux choſes.

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