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John Locke

Essai philosophique concernant l’entendement humain Section S71

Section 416 sur 1 114

Référence canonique B2.C21.S71

Anglais

Project Gutenberg transcription of Locke author text

The last inquiry, therefore, concerning this matter is, - Whether it be in a man’s power to change the pleasantness and unpleasantness that accompanies any sort of action? And as to that, it is plain, in many cases he can. Men may and should correct their palates, and give relish to what either has, or they suppose has none. The relish of the mind is as various as that of the body, and like that too may be altered; and it is a mistake to think that men cannot change the displeasingness or indifferency that is in actions into pleasure and desire, if they will do but what is in their power. A due consideration will do it in some cases; and practice, application, and custom in most. Bread or tobacco may be neglected where they are shown to be useful to health, because of an indifferency or disrelish to them; reason and consideration at first recommends, and begins their trial, and use finds, or custom makes them pleasant. That this is so in virtue too, is very certain. Actions are pleasing or displeasing, either in themselves, or considered as a means to a greater and more desirable end. The eating of a well-seasoned dish, suited to a man’s palate, may move the mind by the delight itself that accompanies the eating, without reference to any other end; to which the consideration of the pleasure there is in health and strength (to which that meat is subservient) may add a new GUSTO, able to make us swallow an ill-relished potion. In the latter of these, any action is rendered more or less pleasing, only by the contemplation of the end, and the being more or less persuaded of its tendency to it, or necessary connexion with it: but the pleasure of the action itself is best acquired or increased by use and practice. Trials often reconcile us to that, which at a distance we looked on with aversion; and by repetitions wear us into a liking of what possibly, in the first essay, displeased us. Habits have powerful charms, and put so strong attractions of easiness and pleasure into what we accustom ourselves to, that we cannot forbear to do, or at least be easy in the omission of, actions, which habitual practice has suited, and thereby recommends to us. Though this be very visible, and every one’s experience shows him he can do so; yet it is a part in the conduct of men towards their happiness, neglected to a degree, that it will be possibly entertained as a paradox, if it be said, that men can MAKE things or actions more or less pleasing to themselves; and thereby remedy that, to which one may justly impute a great deal of their wandering. Fashion and the common opinion having settled wrong notions, and education and custom ill habits, the just values of things are misplaced, and the palates of men corrupted. Pains should be taken to rectify these; and contrary habits change our pleasures, and give a relish to that which is necessary or conducive to our happiness. This every one must confess he can do; and when happiness is lost, and misery overtakes him, he will confess he did amiss in neglecting it, and condemn himself for it; and I ask every one, whether he has not often done so?

Français

Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition

Pour conclurre cette diſcuſſion ſur la Liberté de l’Homme, je ne puis m’empêcher de dire, que la prémiére fois que ce Livre vit le jour, je commençai à craindre qu’il n’y eût quelque mépriſe dans ce Chapitre tel qu’il étoit alors. Un de mes Amis eût la même penſée après la publication de l’Ouvrage, quoi qu’il ne pût m’indiquer préciſement ce qui lui étoit ſuſpect. C’eſt ce qui m’obligea à revoir ce Chapitre avec plus d’exactitude ; & ayant jetté par hazard les yeux ſur une mépriſe preſque imperceptible que j’avois faite en mettant un mot pour un autre, ce qui ne ſembloit être d’aucune conſéquence, cette découverte me donna les nouvelles ouvertures que je ſoûmets préſentement au jugement des Savans, & dont voici l’abregé. La Liberté eſt une puiſſance d’agir ou de ne pas agir, ſelon que notre Eſprit ſe détermine à l’un ou à l’autre. Le pouvoir de diriger les Facultez Opératives au mouvement ou au repos dans les cas particuliers, c’eſt ce que nous appelons la Volonté. Ce qui dans le cours de nos Actions volontaires détermine la Volonté à quelque changement d’opération, eſt quelque inquiétude préſente, qui conſiſte dans le Deſir ou qui du moins en eſt toûjours accompagnée. Le Deſir eſt toûjours excité par le Mal en vûë de le fuir ; parce qu’une totale exemption de douleur fait toûjours une partie néceſſaire de notre Félicité. Mais chaque Bien, ni même chaque Bien plus excellent n’émeut pas conſtamment le Deſir, parce qu’il peut ne pas faire, ou n’être pas conſideré comme faiſant une partie néceſſaire de notre Bonheur : car tout ce que nous deſirons, c’eſt uniquement d’être heureux. Mais quoi que ce Deſir général d’être heureux agiſſe conſtamment & invariablement dans l’Homme, nous pouvons ſuſpendre la ſatisfaction de chaque deſir particulier, & empêcher qu’il ne détermine la Volonté à faire quoi que ce ſoit qui tende à cette ſatisfaction, jusqu’à ce que nous ayions examiné mûrement, ſi le Bien particulier qui ſe montre à nous & que nous deſirons dans ce temps-là, fait partie de notre Bonheur réel, ou bien s’il y eſt contraire, ou non. Le reſultat de notre Jugement en conſéquence de cet examen, c’eſt ce qui, pour ainſi dire, détermine en dernier reſſort l’Homme, qui ne ſauroit être Libre, ſi ſa Volonté étoit déterminée par autre choſe que par ſon propre Deſir guidé par ſon propre Jugement.

Je ſai que certaines gens font conſiſter la Liberté dans une certaine Indifférence de l’Homme, antecedente à la détermination de ſa Volonté. Je ſouhaiterois que ceux qui font tant de fond ſur cette indifférence antecedente, comme ils parlent, nous euſſent dit nettement ſi cette indifférence antecedente, comme ils parlent, nous euſſent dit nettement ſi cette indifférence qu’ils ſuppoſent, précede la connoiſſance & le jugement de l’Entendement, auſſi bien que la détermination de la Volonté ; car il eſt bien malaiſé de la placer entre ces deux termes, je veux dire immédiatement après le jugement de l’Entendement & avant la détermination de la Volonté, parce que la détermination de la Volonté ſuit immédiatement le jugement de l’Entendement : & d’ailleurs, placer la Liberté dans une Indifférence qui précede la penſée & le jugement de l’Entendement, c’eſt, ce me ſemble, faire conſiſter la Liberté dans un état de ténèbres où l’on ne peut ni voir ni dire ce que c’eſt : C’eſt du moins la placer dans un ſujet incapable de Liberté, nul Agent n’étant jugé capable de Liberté qu’en conſéquence de la penſée & du jugement qu’on reconnoît en lui. Comme je ne ſuis pas délicat en fait d’expreſſions, je conſens à dire avec ceux qui aiment à parler ainſi, que la Liberté conſiſte dans l’Indifférence ; mais dans une Indifférence qui reſte après le Jugement de l’Entendement, & même après la détermination de la Volonté : ce qui n’eſt pas une Indifférence de l’Homme, (car après que l’Homme a une fois jugé ce qu’il eſt meilleur de faire ou de ne pas faire, il n’eſt plus indifférent) mais une Indifférence des Puiſſances actives ou opératives de l’Homme, lesquelles demeurant tout autant capables d’agir ou de ne pas agir, après qu’avant la détermination de la Volonté, ſont dans un état qu’on peut appeller Indifférence, ſi l’on veut : & auſſi loin que cette Indifférence s’étend, jusque-là l’Homme eſt libre, & non au delà. Par exemple, j’ai la puiſſance de mouvoir ma main, ou de la laiſſer en repos : cette faculté opérative eſt indifférente au mouvement & au repos de ma main : je ſuis libre à cet égard. Ma Volonté vient-elle à déterminer cette puiſſance opérative au repos : je ſuis encore libre, parce que l’indifférence de cette puiſſance opérative qui eſt en moi d’agir ou de ne pas agir reſte encore ; la puiſſance de mouvoir ma main n’étant nullement diminuée par la détermination de ma Volonté qui à préſent ordonne le repos. L’indifférence de cette puiſſance à agir ou à ne pas agir, eſt toute telle qu’elle étoit auparavant, comme il paroîtra ſi la Volonté veut en faire l’épreuve en ordonnant le contraire. Mais ſi pendant le temps que ma main eſt en repos, elle vient à être ſaiſie d’une ſoudaine paralyſie, l’indifférence de cette Puiſſance opérative eſt détruite, & ma Liberté avec elle : je n’ai plus de liberté à cet égard, mais je ſuis dans la néceſſité de laiſſer ma main en repos. D’un autre côté ſi ma main eſt miſe en mouvement par une convulſion, l’indifférence de cette faculté opérative s’évanouït, & en ce cas-là ma Liberté eſt détruite, parce que je ſuis dans la néceſſité de laiſſer mouvoir ma main. J’ai ajoûté ceci pour faire voir dans quelle ſorte d’Indifférence il me paroit que la Liberté conſiſte préciſément, & qu’elle ne peut conſiſter dans aucune autre, réelle ou imaginaire.

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