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Sénèque
Consolation à Helvia, sa mère Chapitre 2
Chapitre 2 sur 20
Référence canonique 2
Latin
Perseus canonical Latin TEI
Vide quantum de indulgentia tua promiserim mihi. Potentiorem me futurum apud te non dubito quam dolorem tuum, quo nihil est apud miseros potentius. Itaque ne statim eum eo concurram, adero prius illi et quibus excitetur ingeram ; omnia pro- feram et rescindam, quae iam obducta sunt. Dicet aliquis : " Quod hoc genus est consolandi, obliterata mala revocare et animum in omnium aerumnarum suarum conspectu conlocare vix unius patientem ? " Sed is cogitet, quaecumque usque eo perniciosa sunt, ut contra remedium convaluerint, plerumque contrariis curari. Omnis itaque luctus illi suos, omnia lugubria admovebo ; hoc erit non molli via mederi, sed urere ac secare. Quid consequar ? Ut pudeat animum tot miseriarum victorem aegre ferre unum vulnus in corpore tam cicatricoso. Fleant itaque diutius et gemant, quorum delicatas mentes enervavit longa felicitas, et ad levissimarum iniuriarum motus conlabantur; at quorum omnes anni per calamitates transierunt, gravissima quoque forti et immobili constantia perferant. Unum habet adsidua infelicitas bonum, quod quos semper vexat, novissime indurat. Nullam tibi fortuna vacationem dedit a gravissimis luctibus ; ne natalem quidem tuum excepit. Amisisti matrem statim nata, immo dum nascens, et ad vitam quodammodo exposita es. Crevisti sub noverca, quam tu quidem omni obsequio et pietate, quanta vel in filia conspici potest, matrem fieri coegisti; nulli tamen non magno constitit etiam bona noverca. Avunculum indulgentissimum, optimum ac fortissimum virum, cum adventum eius expectares, amisisti, et ne saevitiam suam fortuna leviorem diducendo faceret, intra tricensimum diem carissimum virum, ex quo mater trium liberorum eras, extulisti. Lugenti tibi luctus nuntiatus est omnibus quidem absentibus liberis, quasi de industria in id tempus coniectis malis tuis, ut nihil esset, ubi se dolor tuus reclinaret. Transeo tot pericula, tot metus, quos sine intervallo in te incursantis pertulisti. Modo modo in eundem sinum, ex quo tres nepotes emiseras, ossa trium nepotum recepisti; intra vicesimum diem, quam filium meum in manibus et in osculis tuis mortuum funeraveras, raptum me audisti. Hoc adhuc defuerat tibi, lugere vivos.
Anglais
Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)
See how far I have presumed upon your indulgence: I have no doubts about my having more power over you than your grief, than which nothing has more power over the unhappy. In order, therefore, to avoid encountering it straightway, I will at first take its part and offer it every encouragement: I will rip up and bring to light again wounds already scarred. Some one may say, “What sort of consolation is this, for a man to rake up buried evils, and to bring all its sorrows before a mind which scarcely can bear the sight of one?” but let him reflect that diseases which are so malignant that they do but gather strength from ordinary remedies, may often be cured by the opposite treatment: I will, therefore, display before your grief all its woes and miseries: this will be to effect a cure, not by soothing measures, but by cautery and the knife. What shall I gain by this? I shall make the mind that could overcome so many sorrows, ashamed to bewail one wound more in a body so full of scars. Let those whose feeble minds have been enervated by a long period of happiness, weep and lament for many days, and faint away on receiving the slightest blow: but those whose years have all been passed amid catastrophes should bear the severest losses with brave and unyielding patience. Continual misfortune has this one advantage, that it ends by rendering callous those whom it is always scourging. Ill fortune has given you no respite, and has not left even your birthday free from the bitterest grief: you lost your mother as soon as you were born, nay, while you were being born, and you came into life, as it were, an outcast: you grew up under a step-mother, whom you made into a mother by all the obedience and respect which even a real daughter could have bestowed upon her: and even a good step-mother costs every one dear. You lost your most affectionate uncle, a brave and excellent man, just when you were awaiting his return: and, lest Fortune should weaken its blows by dividing them, within a month you lost your beloved husband, by whom you had become the mother of three children. This sorrowful news was brought you while you were already in mourning, while all your children were absent, so that all your misfortunes seemed to have been purposely brought upon you at a time when your grief could nowhere find any repose. I pass over all the dangers and alarms which you have endured without any respite: it was but the other day that you received the bones of three of your grandchildren in the bosom from which you had sent them forth: less than twenty days after you had buried my child, who perished in your arms and amid your kisses, you heard that I had been exiled: you wanted only this drop in your cup, to have to weep for those who still lived.
Français
Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)
Voyez combien je me suis promis de vous trouver facile : je compte obtenir sur vous plus d’empire que la douleur, toute-puissante chez les malheureux. Je ne veux point d’abord l’attaquer de front, mais lui aider plutôt, lui fournir de nouveaux stimulants ; je veux rompre tout appareil et rouvrir ce qui déjà peut s’être fermé. « Quel genre de consolation est-ce là ? dira-t-on : faire revivre des maux effacés, et placer l’âme en face de toutes ses infortunes, lorsqu’à peine elle suffit à une seule ! » Mais qu’on y réfléchisse : tout mal assez pernicieux pour s’accroître en dépit des remèdes le plus souvent cède à la méthode contraire. Oui, je remettrai sous vos yeux toutes les afflictions, toutes les scènes lugubres de votre vie ; je n’agirai pas mollement avec vous, j’emploierai le fer et le feu, et par là qu’obtiendrai-je ? Que votre âme, déjà victorieuse de tant d’assauts, rougira d’endurer si mal une dernière, une seule atteinte après tant de cicatrices. Laissons les pleurs et les gémissements sans fin à ces âmes timides, qui amollies au sein d’une longue prospérité s’affaissent au choc de la moindre disgrâce ; mais ceux dont chaque pas dans la vie fut marqué par une infortune, doivent essuyer les plus rudes attaques avec une ferme et inébranlable constance . La continuité du malheur a du moins cet avantage, qu’à force de tourments elle finit par endurcir. La fortune vous a sans relâche accablée de maux inouïs : elle n’a pas même excepté l’heure de votre naissance. Vous perdîtes votre mère dès que vous fûtes arrivée au jour, ou plutôt même en y arrivant, exposée pour ainsi dire sur le seuil de la vie. Élevée sous les lois d’une marâtre, votre soumission, il est vrai, votre piété toute filiale l’ont obligée à se montrer mère pour vous ; mais Une bonne marâtre coûte toujours cher. L’oncle le plus tendre, le meilleur et le plus courageux des hommes vous est ravi alors que vous attendiez sa venue ; et le destin, craignant que des rigueurs moins rapprochées ne vous soient trop légères, vous enlève dans le même mois un époux chéri qui vous a rendue mère de trois enfants. Quand vous pleuriez votre oncle, cet autre sujet de larmes vous est annoncé, et tous vos fils se absents ; comme si vos maux s’étaient à dessein accumulés sur le même moment pour que vous n’eussiez pas où reposer votre douleur. Pour ne point parler des périls, des alarmes sans nombre qui n’ont cessé de vous assaillir sans vous vaincre, naguère sur ce même sein qu’ils venaient de quitter, vous avez recueilli les cendres de trois petits-fils. Vingt jours après que mon fils expiré dans vos bras eut avec vos derniers baisers reçu de vous les honneurs funèbres, vous apprenez que je vous suis ravi. Il vous manquait jusque-là de porter le deuil des vivants.
Concepts de ce passage
Affects
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Colère
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Soin de l’âme
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Courage
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Mort
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Éther et champ
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Exil
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Famille
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Fortune
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Éros philosophique
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Gouvernement de soi
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Péché
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Souplesse
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Souffrance
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Temps
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Guerre et paix
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Xiao, conduite filiale
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