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Sénèque

Consolation à Marcia Chapitre 5

Chapitre 5 sur 26

Référence canonique 5

Latin

Perseus canonical Latin TEI

Deinde oro atque obsecro, ne te difficilem amicis et intractabilem praestes. Non est enim quod ignores omnes hos nescire, quemadmodum se gerant, loquantur ahquid coram te de Druso an nihil, ne aut obhvio clarissimi iuvenis illi faciat iniuriam aut mentio tibi. Cum secessimus et in unum convenimus, facta eius dictaque quanto meruit suspectu celebramus ; coram te altum nobis de illo silentium est. Cares itaque maxima voluptate, filii tui laudibus, quas non dubito quin vel impendio vitae, si potestas detur, in aevum omne sis prorogatura. Quare patere, immo accerse sermones, quibus ille narretur, et apertas aures praebe ad nomen memoriamque filii tui; nec hoc grave duxeris ceterorum more, qui in eiusmodi casu partem mali putant audire solacia. Nunc incubuisti tota in alteram partem et oblita meliorum fortunam tuam qua deterior est aspicis : non convertis te ad convictus filii tui occursusque iucundos, non ad pueriles dulcesque blanditias, non ad in- crementa studiorum ; ultimam illam faciem rerum premis ; illi, tamquam si parum ipsa per se horrida sit, quidquid potes congeris. Ne, obsecro te, concupieris perversissimam gloriam, infelicissima videri! Simul cogita non esse magnum rebus prosperis fortem gerere, ubi secundo cursu vita procedit; ne gubernatoris quidem artem tranquillum mare et obsequens ventus ostendit, adversi ahquid incurrat oportet, quod animum probet. Proinde ne summiseris te, immo contra fige stabilem gradum et quicquid onerum supra cecidit sustine, primo dumtaxat strepitu conterrita. Nulla re maior invidia fortunae fit quam aequo animo.” Post haec ostendit illi filium in- columem, ostendit ex amisso nepotes.

Anglais

Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)

“In the next place, I pray and beseech you not to be self-willed and beyond the management of your friends. You must be aware that none of them know how to behave, whether to mention Drusus in your presence or not, as they neither wish to wrong a noble youth by forgetting him, nor to hurt you by speaking of him. When we leave you and assemble together by ourselves, we talk freely about his sayings and doings, treating them with the respect which they deserve: in your presence deep silence is observed about him, and thus you lose that greatest of pleasures, the hearing the praises of your son, which I doubt not you would be willing to hand down to all future ages, had you the means of so doing, even at the cost of your own life. Wherefore endure to listen to, nay, encourage conversation of which he is the subject, and let your ears be open to the name and memory of your son. You ought not to consider this painful, like those who in such a case think that part of their misfortune consists in listening to consolation. As it is, you have altogether run into the other extreme, and, forgetting the better aspects of your lot, look only upon its worse side: you pay no attention to the pleasure you have had in your son’s society and your joyful meetings with him, the sweet caresses of his babyhood, the progress of his education: you fix all your attention upon that last scene of all: and to this, as though it were not shocking enough, you add every horror you can. Do not, I implore you, take a perverse pride in appearing the most unhappy of women: and reflect also that there is no great credit in behaving bravely in times of prosperity, when life glides easily with a favouring current: neither does a calm sea and fair wind display the art of the pilot: some foul weather is wanted to prove his courage. Like him, then, do not give way, but rather plant yourself firmly, and endure whatever burden may fall upon you from above, scared though you may have been at the first roar of the tempest. There is nothing that fastens such a reproach on Fortune as resignation.” After this he points out to her the son who is yet alive: he points out grandchildren from the lost one.

Français

Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)

« Je vous prie aussi, je vous conjure même de ne pas vous montrer difficile et intraitable à vos amis. Vous ne pouvez ignorer, en effet, qu’ils ne savent maintenant comment se comporter devant vous, s’ils parleront quelquefois de Drusus, ou s’ils garderont le silence : ils ont peur que se taire sur cet illustre nom ne soit lui faire injure, ou que le prononcer ne vous blesse. Loin de vous, dans nos réunions, ses actions et ses discours sont exaltés, célébrés comme ils le méritent : devant vous toutes les bouches sont muettes sur lui. Vous êtes donc privée de la plus vive satisfaction, d’assister à l’éloge d’un fils pour la gloire duquel, j’en suis sûr, vous sacrifieriez vos jours, s’il était possible à ce prix de la rendre éternelle. Souffrez donc, provoquez même des entretiens dont il soit l’objet ; prêtez avec intérêt l’oreille à ce nom et à cette mémoire ; n’y voyez pas un sujet de déplaisir, comme le font tant d’autres qui, frappés comme vous, prennent pour un surcroît de malheur de s’entendre consoler. Appuyée tout entière sur le point sensible de vos souffrances, et oubliant les douceurs qu’elles vous laissent, vous n’envisagez votre sort que par son côté le plus triste. Au lieu de vous retracer ce qu’était votre fils, la douceur de son commerce, le charme de sa présence, les délicieuses caresses de son enfance, l’éclat de ses premiers progrès, vous ne vous attachez qu’à la dernière scène de sa vie. Comme s’il n’était pas en soi assez lugubre, votre imagination s’épuise à noircir encore le tableau. « Fuyez de grâce, l’ambition dépravée de paraître la plus malheureuse des femmes. Songez-y bien encore : la grandeur ne consiste pas à montrer du courage quand tout nous seconde, quand la vie marche d’un cours prospère ; et ce n’est point sur une mer paisible et par un vent propice que l’art du pilote se déploie : il faut quelque choc subit de l’adversité pour éprouver l’âme. O Livie ! n’allez point fléchir ; armez-vous au contraire d’une contenance ferme ! Si pesants que soient les maux tombés sur vous, supportez-les, et que le premier bruit vous ait seul effrayée. Rien ne charge de plus d’odieux la Fortune que l’égalité d’âme.» Ensuite il lui montra qu’un fils lui restait, que de celui qu’elle avait perdu il lui restait des petits-fils.

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