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Sénèque
Des bienfaits Chapitre 3
Chapitre 91 sur 228
Référence canonique 4.3
Latin
Perseus canonical Latin TEI
Inserenda haec, mi Liberalis, fuerunt, quia beneficium, de quo nunc agitur, dare virtutis est et turpissimum id causa ullius alterius rei dare, quam ut datum sit. Nam si recipiendi spe tribueremus, locupletissimo cuique, non dignissimo daremus ; nunc vero diviti importuno pauperem praeferimus. Non est beneficium, quod ad fortunam spectat. Praeterea, si, ut prodessemus, sola nos invitaret utilitas, minime beneficia distribuere deberent, qui facillime possent, locupletes et potentes et reges aliena ope non indigentes ; di vero tot munera, quae sine intermissione diebus ac noctibus fundunt, non darent; in omnia enim illis natura sua sufficit plenosque et tutos et inviolabiles praestat ; nulli ergo beneficium dabunt, si una dandi causa est se intueri ae suum commodum. Istud non beneficium, sed fenus est circumspicere, non ubi optime ponas, sed ubi quaestuosissime habeas, unde facillime tollas. Quod cum longe a dis remotum sit, sequitur, ut inliberales sint ; nam si una beneficii dandi causa sit dantis utilitas, nulla autem ex nobis utilitas deo speranda est, nulla deo dandi beneficii causa est.
Anglais
Aubrey Stewart · On Benefits (1887)
It was necessary to insert this argument, my Liberalis, because it is the part of virtue to bestow those benefits which we are now discussing, and it is most disgraceful to bestow benefits for any other purpose than that they should be free gifts. If we give with the hope of receiving a return, we should give to the richest men, not to the most deserving: whereas we prefer a virtuous poor man to an unmannerly rich one. That is not a benefit, which takes into consideration the fortune of the receiver. Moreover, if our only motive for benefiting others was our own advantage, those who could most easily distribute benefits, such as rich and powerful men, or kings, and persons who do not stand in need of the help of others, ought never to do so at all; the gods would not bestow upon us the countless blessings which they pour upon us unceasingly by night and by day, for their own nature suffices them in all respects, and renders them complete, safe, and beyond the reach of harm; they will, therefore, never bestow a benefit upon any one, if self and self interest be the only cause for the bestowal of benefits. To take thought, not where your benefit will be best bestowed, but where it may be most profitably placed at interest, from whence you will most easily get it back, is not bestowal of benefits, but usury. Now the gods have nothing to do with usury; it follows, therefore, that they cannot be liberal; for if the only reason for giving is the advantage of the giver, since God cannot hope to receive any advantages from us, there is no cause why God should give anything.
Français
Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)
Cette digression, cher Libéralis, était nécessaire, parce que les bienfaits, dont nous traitons maintenant, étant des actes de vertu, il est ignominieux d’avoir, quand on donne, tout autre but que de donner. Si l’on donnait dans l’espoir de recouvrer, ce serait aux plus opulents, non aux plus dignes ; or nous voyons au riche insolent préférer le pauvre. Ce n’est plus être bienfaisant que d’avoir égard à la fortune. D’ailleurs si, pour servir les hommes, nous n’avions de mobile que l’intérêt, nul ne devrait faire moins de largesses que ceux qui ont le plus de facilités pour en faire, comme les riches, les grands, les rois qui n’ont pas besoin qu’on les assiste. Tout ce que nous prodigue, la nuit comme le jour, l’intarissable bonté des dieux, ne nous arriverait plus ; car leur nature leur suffit pour toutes choses, leur garantit la plénitude du bonheur, la sécurité, l’inviolabilité. Ils ne feraient donc de bien à personne, si l’on ne considérait, pour en faire, que soi et son propre avantage. Je n’appelle point libéralité, j’appelle usure cette circonspection qui cherche, au lieu des plus honorables placements, les prêts les plus lucratifs et les rentrées les plus faciles. Comme les dieux sont loin de faire un pareil calcul, la libéralité est une de leurs vertus. Car si la bienfaisance avait pour unique motif son avantage, Dieu n’ayant nul avantage à espérer de nous, nul motif pour lui de nous faire du bien.
Concepts de ce passage
Bienfait
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Famille
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Fortune
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Liberté
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