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Sénèque
Des bienfaits Chapitre 5
Chapitre 133 sur 228
Référence canonique 5.5
Latin
Perseus canonical Latin TEI
Non est turpe ab his vinci ; neque enim minus fortis sum, si cum invulnerabili me hoste committis, nec ideo minus ignis urere potest, si in materiam incidit inviolabilem flammis, nec ideo ferrum secandi vim perdidit, si non recipiens ictum lapis solidusque et invictae adversus dura naturae dividendus est. Idem tibi de homine grato respondeo. Non turpiter vincitur beneficiis, si ab his obligatus est, ad quos aut fortunae magnitudo aut eximia virtus aditum redituris ad se beneficiis clusit. A parentibus fere vincimur. Nam tam diu illos habemus, quam diu iudicamus graves et quam diu beneficia illorum non intellegimus. Cum iam aetas aliquid prudentiae collegit et apparere coepit propter illa ipsa eos amari a nobis debere, propter quae non amabantur, admonitiones, severitatem et inconsultae adulescentiae diligentem custodiam, rapiuntur nobis. Paucos usque ad verum fructum a liberis percipiendum perduxit aetas ; ceteri filios onere senserunt. Non est tamen turpe vinci beneficiis a parente; quidni non sit turpe, eum a nullo sit ? Quibusdam enim et pares et impares sumus, pares animo, quem solum illi exigunt, quem nos solum promittimus, impares fortuna, quae si cui obstitit, quominus referret gratiam, non ideo illi tamquam victo erubescendum est. Non est turpe non consequi, dummodo sequaris. Saepe necesse est ante alia beneficia petamus, quam priora reddidimus, nec ideo non petimus aut turpiter, quia non reddituri debebimus, quia non per nos erit mora, quominus gratissimi simus, sed interveniet aliquid extrinsecus, quod prohibeat. Nos tamen nec vincemur animo nec turpiter his rebus superabimur, quae non sunt in nostra potestate.
Anglais
Aubrey Stewart · On Benefits (1887)
It is not disgraceful to be worsted by these men, for I am not the less brave because you pit me against an invulnerable enemy, nor does fire not burn because you throw into it something over which flames have no power, nor does iron lose its power of cutting, though you may wish to cut up a stone which is hard, impervious to blows, and of such a nature that hard tools are blunted upon it. I give you the same answer about gratitude. A man is not disgracefully worsted in a contest of benefits if he lays himself under an obligation to such persons as these, whose enormous wealth or admirable virtue shut out all possibility of their benefits being returned. As a rule we are worsted by our parents; for while we have them with us, we regard them as severe, and do not understand what they do for us. When our age begins to bring us a little sense, and we gradually perceive that they deserve our love for those very things which used to prevent our loving them, their advice, their punishments, and the careful watch which they used to keep over our youthful recklessness, they are taken from us. Few live to reap any real fruit from children; most men feel their sons only as a burden. Yet there is no disgrace in being worsted by one's parent in bestowing benefits; how should there be, seeing that there is no disgrace in being worsted by anyone. We are equal to some men, and yet not equal; equal in intention, which is all that they care for, which is all that we promise to be, but unequal in fortune. And if fortune prevents any one from repaying a kindness, he need not, therefore, blush, as though he were vanquished; there is no disgrace in failing to reach your object, provided you attempt to reach it. It often is necessary, that before making any return for the benefits which we have received, we should ask for new ones; yet, if so, we shall not refrain from asking for them, nor shall we do so as though disgraced by so doing, because, even if we do not repay the debt, we shall owe it; because, even if something from without befalls us to prevent our repaying it, it will not be our fault if we are not grateful. We can neither be conquered in intention, nor can we be disgraced by yielding to what is beyond our strength to contend with.
Français
Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)
Il n’y a point de honte à être vaincu par de tels hommes. Suis-je en effet moins courageux parce que tu me mets en face d’un adversaire invulnérable ? Le feu en a-t-il moins le pouvoir de brûler, s’il tombe sur une matière incombustible ; et le fer a-t-il perdu sa propriété tranchante, lorsque c’est une pierre, dont la nature compacte repousse toute atteinte et résiste aux corps les plus durs, qu’il s’agit de diviser ? Au sujet de la reconnaissance ma réponse est la même. Point de honte à être vaincu par un bienfaiteur dont la grande fortune ou la rare vertu ferme aux services toute voie de retour. Nous sommes presque vaincus par les auteurs de nos jours, ne les possédant guère qu’au temps où ils nous semblent incommodes, où leurs bienfaits ne sont pas compris de nous. À peine avons-nous gagné quelque expérience et venons-nous à entrevoir que nous devons les aimer pour les choses mêmes qui nous les rendaient peu aimables, je veux dire leurs avertissements, leur sévérité et leur attention à veiller sur notre jeunesse imprudente, ils nous sont ravis. Peu arrivent jusqu’à l’âge où l’on recueille dans ses enfants tout le fruit de ses soins : les autres n’ont senti d’eux que le fardeau. Toutefois, il n’y a point de honte à être vaincu en bienfaits par un père ; et comment y en aurait-il ? On ne doit rougir de l’être par personne. Avec certains bienfaiteurs on est leur égal et leur inférieur tout ensemble : leur égal par le cœur, qui est la seule chose qu’ils exigent, la seule que nous leur promettions ; leur inférieur par la fortune, qui peut empêcher qu’on ne s’acquitte, sans pour cela qu’on ait à rougir comme vaincu. Il n’y a pas de honte à ne pas atteindre, pourvu que l’on s’obstine à suivre. Souvent je me vois forcé d’implorer de nouveaux services avant d’avoir acquitté les premiers. Et je ne suis ni détourné ni honteux de ma demande par le motif que je devrai sans pouvoir rendre : car il ne tiendra pas à moi que je ne prouve de mon mieux ma reconnaissance. Il peut survenir du dehors quelque empêchement ; néanmoins je ne serai pas vaincu en bon vouloir, et je succomberai sans honte à des difficultés indépendantes de moi.
Concepts de ce passage
Colère
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Bienfait
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Soin de l’âme
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Courage
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Foi
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Famille
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Fortune
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Jugement
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