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Sénèque
De la brièveté de la vie Chapitre 9
Chapitre 9 sur 20
Référence canonique 9
Latin
Perseus canonical Latin TEI
Potestne quicquam stultius esse quam quorundam sensus, hominum eorum dico qui prudentiam iactant ? Operosius occupati sunt, ut melius possint vivere ; impendio vitae vitam instruunt ! Cogitationes suas in longum ordinant ; maxima porro vitae iactura dilatio est ; illa primum quemque extrahit diem, illa eripit praesentia, dum ulteriora promittit. Maximum vivendi impedimentum est expectatio, quae pendet ex crastino, perdit hodiernum. Quod in manu fortunae positum est, disponis, quod in tua, dimittis. Quo spectas ? Quo te extendis ? Omnia quae ventura sunt in incerto iacent ; protinus vive ! Clamat ecce maximus vates et velut divino ore instinctus salutare carmen canit : Optima quaeque dies miseris mortalibus aevi prima fugit. " Quid cunctaris ? " inquit, " Quid cessas ? Nisi occupas, fugit." Et cum occupaveris, tamen fugiet ; itaque cum celeritate temporis utendi velocitate certandum est et velut ex torrenti rapido nec semper ituro cito hauriendum. Hoc quoque pulcherrime ad exprobrandam infinitam cunctationem, quod non optimam quamque aetatem sed diem dicit. Quid securus et in tanta temporum fuga lentus menses tibi et annos in longam seriem, utcumque aviditati tuae visum est, exporrigis ? De die tecum loquitur et de hoc ipso fugiente. Num dubium est ergo, quin optima quaeque prima dies fugiat mortalibus miseris, id est occupatis ? Quorum puerilis adhuc animos senectus opprimit, ad quam imparati inermesque perveniunt, nihil enim provisum est ; subito in illam necopinantes inciderunt, accedere eam cotidie non sentiebant. Quemadmodum aut sermo aut lectio aut aliqua intentior cogitatio iter facientis decipit et pervenisse ante sentiunt quam adpropinquasse, sic hoc iter vitae adsiduum et citatissimum, quod vigilantes dormientesque eodem gradu facimus, occupatis non apparet nisi in fine.
Anglais
Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)
Can anything be mentioned which is more insane than the ideas of leisure of those people who boast of their worldly wisdom? They live laboriously, in order that they may live better; they fit themselves out for life at the expense of life itself, and cast their thoughts a long way forwards: yet postponement is the greatest waste of life: it wrings day after day from us, and takes away the present by promising something hereafter: there is no such obstacle to true living as waiting, which loses to-day while it is depending on the morrow. You dispose of that which is in the hand of Fortune, and you let go that which is in your own. Whither are you looking, whither are you stretching forward? everything future is uncertain: live now straightway. See how the greatest of bards cries to you and sings in wholesome verse as though inspired with celestial fire: - “The best of wretched mortals’ days is that Which is the first to fly.” Why do you hesitate, says he, why do you stand back? unless you seize it it will have fled: and even if you do seize it, it will still fly. Our swiftness in making use of our time ought therefore to vie with the swiftness of time itself, and we ought to drink of it as we should of a fast-running torrent which will not be always running. The poet, too, admirably satirizes our boundless thoughts, when he says, not “the first age,” but “the first day.” Why are you careless and slow while time is flying so fast, and why do you spread out before yourself a vision of long months and years, as many as your greediness requires? he talks with you about one day, and that a fast-fleeting one. There can, then, be no doubt that the best days are those which fly first for wretched, that is, for busy mortals, whose minds are still in their childhood when old age comes upon them, and they reach it unprepared and without arms to combat it. They have never looked forward: they have all of a sudden stumbled upon old age: they never noticed that it was stealing upon them day by day. As conversation, or reading, or deep thought deceives travellers, and they find themselves at their journey’s end before they knew that it was drawing near, so in this fast and never-ceasing journey of life, which we make at the same pace whether we are asleep or awake, busy people never notice that they are moving till they are at the end of it.
Français
Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)
Cette pensée peut-elle être celle d’aucun homme, je dis de ces hommes qui se piquent de prudence et qui sont trop laborieusement occupés pour embrasser une vie meilleure ? Ils approvisionnent leur vie aux dépens de leur vie même ; ils distribuent leurs plans sur un long avenir : or voilà surtout comme notre existence se perd, à différer. Voilà ce qui leur dérobe successivement les jours les plus près d’eux, et leur vole le présent en leur promettant l’avenir. Le plus grand empêchement à la vie, c’est l’attente, que tient en suspens le lendemain. Tu perds le jour actuel : ce qui est aux mains de la Fortune, tu le veux régler ; ce qui est aux tiennes, tu le lâches. Que prétends-tu ? Où élances-tu ton être ? Tout ce qui est à venir repose sur l’incertain. Vis dès cette heure. Entends le cri du plus grand de nos poëtes ; ne dirait-on pas qu’une bouche divine a dicté à sa muse cette salutaire pensée : Tous vos jours les meilleurs, ô mortels misérables, Fuient les premiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90 Que tardes-tu ? semble-t-il dire ; qu’attends-tu ? Si tu ne t’empares de ce jour, il fuit ; quand tu t’en seras emparé, il fuira encore. Il faut donc combattre la rapidité du temps par la promptitude à en user . Cette cascade qui se précipite ne coulera pas toujours : hâte-toi de puiser. Ce qui condamne encore admirablement tes plans illimités, c’est que le poëte ne parle pas même de saisons, mais de jours. Tranquille, et dans cette effrayante fuite des temps, nonchalamment immobile, ce sont des mois, des années, une longue suite d’années que dans tes rêves ambitieux il te plaît d’accumuler ; or de quoi te parle-t-on ? d’un jour, et d’un jour qui fuit. Il n’est donc que trop vrai : tous les meilleurs jours fuient les premiers pour les malheureux mortels, pour ceux bien entendu qui se tourmentent de soins frivoles et, encore enfants par l’intelligence, se voient surpris par la vieillesse, à laquelle ils arrivent sans apprêts, sans armes. Ils n’ont pourvu à rien : ils tombent tout à coup et en aveugles aux mains de l’ennemi : ils ne sentaient pas ce qu’il gagnait journellement sur eux. De même qu’un entretien, une lecture, quelque pensée qui les absorbe dérobe aux voyageurs la longueur du chemin ; ils se voient arrivés avant de s’imaginer qu’ils approchaient : ainsi le voyage rapide et continuel de la vie, où l’on marche, soit éveillé, soit endormi, toujours du même pas, ces malheureux préoccupés ne le jugent bien qu’au terme fatal.
Concepts de ce passage
Colère
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Soin de l’âme
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Mort
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Éther et champ
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Famille
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Fortune
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Attention
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Éros philosophique
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Salut
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Péché
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Souffrance
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Temps
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Tranquillité
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Guerre et paix
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Sagesse
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