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Sénèque

De la constance du sage Chapitre 13

Chapitre 13 sur 19

Référence canonique 13

Latin

Perseus canonical Latin TEI

Quid est autem, quare hanc animi firmitatem non credas in virum sapientem cadere, cum tibi in aliis idem notare sed non ex eadem causa liceat ? Quis enim phrenetico medicus irascitur ? Quis febricitantis et a frigida prohibiti maledicta in malam partem accipit ? Hunc affectum adversus omnis habet sapiens, quem adversus aegros suos medicus, quorum nec obscena, si remedio egent, contrectare nec reliquias et effusa intueri dedignatur nec per furorem saevientium excipere convicia. Scit sapiens omnis hos, qui togati purpuratique incedunt ut valentes, coloratos male sanos esse, quos non aliter videt quam aegros intemperantis. Itaque ne succenset quidem, si quid in morbo petulantius ausi sunt adversus medentem, et quo animo honores eorum nihilo aestimat, eodem parum honorifice facta. Quemadmodum non placebit sibi, si illum mendicus coluerit, nec contumeliam iudicabit, si illi homo plebis ultimae salutanti mutuam salutationem non reddiderit, sic ne suspiciet quidem, si illum multi divites suspexerint - scit enim illos nihil a mendicis differre, immo miseriores esse, illi enim exiguo, hi multo egent - et rursus non tangetur, si illum rex Medorum Attalusve Asiae salutantem silentio ac vultu arroganti transierit. Scit statum eius non magis habere quicquam invidendum quam eius, cui in magna familia cura optigit aegros insanosque compescere. Num moleste feram, si mihi non reddiderit nomen aliquis ex his, qui ad Castoris negotiantur nequam mancipia ementes vendentesque, quorum tabernae pessimorum servorum turba refertae sunt ? Non, ut puto ; quid enim is boni habet, sub quo nemo nisi malus est ? Ergo ut huius humanitatem inhumanitatemque neglegit, ita et regis : " Habes sub te Parthos et Medos et Bactrianos, sed quos metu contines, sed propter quos remittere arcum tibi non contigit, sed hostes teterrimos, sed venales, sed novum aucupantes dominum. " Nullius ergo movebitur contumelia. Omnes enim inter se differant, sapiens quidem pares illos ob aequalem stultitiam omnis putat ; nam si semel se demiserit eo, ut aut iniuria moveatur aut contumelia, non poterit umquam esse securus. Securitas autem proprium bonum sapientis est ; nec committet, ut iudicando contumeliam sibi factam honorem habeat ei qui fecit ; necesse est enim, a quo quisque contemni moleste ferat, suspici gaudeat.

Anglais

Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)

What, then, is there to prevent your believing this strength of mind to belong to the wise man, when you can see the same thing existing in others, though not from the same cause? - for what physician is angry with a crazy patient? who takes to heart the curses of a fever-stricken one who is denied cold water? The wise man retains in his dealings with all men this same habit of mind which the physician adopts in dealing with his patients, whose parts of shame he does not scorn to handle should they need treatment, nor yet to look at their solid and liquid evacuations, nor to endure their reproaches when frenzied by disease. The wise man knows that all those who strut about in purple-edged togas, healthy and embrowned, are brain-sick people, whom he regards as sick and full of follies. He is not, therefore, angry, should they in their sickness presume to bear themselves somewhat impertinently towards their physician, and in the same spirit as that in which he sets no value upon their titles of honour, he will set but little value upon their acts of disrespect to himself. He will not rise in his own esteem if a beggar pays his court to him, and he will not think it an affront if one of the dregs of the people does not return his greeting. So also he will not admire himself even if many rich men admire him; for he knows that they differ in no respect from beggars - nay, are even more wretched than they; for beggars want but a little, whereas rich men want a great deal. Again, he will not be moved if the King of the Medes, or Attalus, King of Asia, passes by him in silence with a scornful air when he offers his greeting; for he knows that such a man’s position has nothing to render it more enviable than that of the man whose duty it is in some great household to keep the sick and mad servants in order. Shall I be put out if one of those who do business at the temple of Castor, buying and selling worthless slaves, does not return my salute, a man whose shops are crowded with throngs of the worst of bondmen? I trow not; for what good can there be in a man who owns none but bad men? As the wise man is indifferent to the courtesy or incivility of such a man, so is he to that of a king. “You own,” says he, “the Parthians and Bactrians, but they are men whom you keep in order by fear, they are people whose possession forbids you to unstring the bow, they are fierce enemies, on sale, and eagerly looking out for a new master.” He will not, then, be moved by an insult from any man for though all men differ one from another, yet the wise man regards them all as alike on account of their equal folly; for should he once lower himself to the point of being affected by either injury or insult, he could never feel safe afterwards, and safety is the especial advantage of the wise man, and he will not be guilty of showing respect to the man who has done him an injury by admitting that he has received one, because it necessarily follows that he who is disquieted at any one’s scorn would value that person’s admiration.

Français

Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)

Et pourquoi croirais-tu le sage incapable de cette fermeté, quand tu la peux voir chez d’autres hommes dont les mobiles sont si différents ? Jamais le médecin se met-il en colère contre un frénétique ? Les imprécations du fiévreux auquel il défend l’eau froide, les prend-il en mauvaise part ? Le sage est pour tous les hommes dans la même disposition que le médecin pour les malades ; celui-ci ne dédaigne pas de toucher, si elles ont besoin de remède, les parties les plus déshonnêtes de leur corps, ni d’examiner les derniers produits de leurs aliments et de leurs boissons, ni d’essuyer leur fureur qui s’exhale en invectives. Le sage sait trop que tous ces gens qui s’avancent parés de toges à bandes de pourpre, avec le coloris de la santé, sont loin d’être sains : il voit en eux des malades hors d’état de se maîtriser : aussi ne se fâche-t-il même pas si, dans leurs accès, ils se permettent quelque violence contre qui les veut guérir ; et comme il ne fait nul cas de leurs hommages, il met sur la même ligne leurs irrévérences. Comme il ne se prévaudra pas des respects d’un mendiant, il ne se croira pas offensé si quelque homme de la lie du peuple ne lui rend point son salut ; ainsi encore, qu’une foule de riches aient de lui une haute idée, il ne l’aura pas de lui-même, certain qu’ils ne diffèrent en rien des mendiants, qu’ils sont même plus misérables, car les mendiants ont besoin de bien peu, les riches de beaucoup. D’autre part que lui importe qu’un roi des Mèdes, qu’un Attale asiatique, qu’il aura salué, passe sans lui rien dire, le visage arrogant ? Il sait que leur condition n’est pas plus désirable que celle de l’esclave auquel échoit, dans un nombreux domestique, le gouvernement des malades et des fous. Irai-je m’indigner si quelque brocanteur du temple de Castor ne me salue pas par mon nom, lui, l’un de ces hommes qui vendent et achètent de méchants esclaves, et dont les boutiques sont pleines de valets de la pire espèce ? Non, ce me semble ; car qu’y a-t-il de bon dans celui qui n’a que du mauvais sous la main ? Le sage fait aussi peu attention aux civilités ou aux impolitesses d’un tel homme qu’à celles d’un roi. Tu vois à tes pieds des Parthes, des Mèdes, des Bactriens : mais c’est la crainte qui les contient ; mais ils t’obligent à toujours avoir l’arc tendu ; mais c’est une race dégradée, vénale, qui ne soupire qu’après un nouveau maître. Le sage ne sera touché des insultes de qui que ce soit ; car en vain les hommes diffèrent tous entre eux, il les estime tous pareils en ce que leur folie est égale. S’il s’abaissait jusqu’à prendre à cœur une injure, ou grave ou légère, jouirait-il jamais de la sécurité qui est le propre, le trésor du sage ? Il se gardera de tirer vengeance d’une insulte : ce serait en honorer l’auteur. Car s’il existe un homme dont le mépris nous pèse, nécessairement son estime nous flatte.

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