# Court Traité de Dieu, de l’homme et de son bien-être, manifestation française

- Identifiant : `spinoza.short_treatise_fr`
- Auteur : Baruch Spinoza
- URL canonique : https://prokopton42.com/fr/ouvrages/spinoza/short-treatise-fr/reference-section-0102/
- Empreinte : `7f0025a80901c8a2e71fcbb26e354afe76d37d9b1c5d44e0d72f1f2ad94d48c6`

## Passage section-0102

### Français

Puisque donc la raison (le raisonnement) n’a pas la puissance de nous conduire à la béatitude, il nous reste à chercher si, par le quatrième et dernier mode de connaissance, nous pouvons y arriver. Nous avons dit que cette espèce de connaissance ne nous est fournie par aucun intermédiaire, mais vient de la manifestation immédiate de l’objet à l’intelligence. Que si cet objet est magnifique et bon, l’âme s’unit nécessairement avec lui, comme nous l’avons dit de notre propre corps ; et c’est la connaissance qui cause l’amour. De telle sorte que, si nous connaissons Dieu de cette manière, nous nous unissons nécessairement à lui, car il ne peut lui même être connu sans se manifester comme très-bon et très-auguste ; et c’est en lui seul, comme nous l’avons dit, que réside notre bonheur ; non pas sans doute que nous puissions le connaître tel qu’il est, c’est-à-dire d’une manière adéquate, mais il nous suffit, pour nous unir à lui, de le connaître dans une certaine mesure. Car la connaissance que nous avons du corps est bien loin d’être une connaissance parfaite, et cependant quelle union avec lui ! quel amour !

Ce quatrième mode de connaissance, qui est la connaissance de Dieu, ne vient pas, comme nous l’avons dit, d’un objet intermédiaire : elle est immédiate ; c’est ce qui résulte de ce que nous avons dit antérieurement ; à savoir :

1 o Qu’il est la cause de toute connaissance ;

2 o Que Dieu est connu par lui-même et non par autre chose ;

3 o Enfin que, par cette raison, la nature nous unit à lui, de manière que nous ne pouvons ni exister ni être conçus sans lui.

D’où il suit que nous ne pouvons le connaître qu’immédiatement.

Essayons d’expliquer cette union que nous avons avec Dieu par la nature et par l’amour.

### Anglais

Since, then, reason (reasoning) does not have the power to lead us to blessedness, it remains for us to inquire whether we can attain it through the fourth and final mode of knowledge. We have said that this kind of knowledge is supplied to us through no intermediary, but comes from the immediate manifestation of the object to the understanding. If this object is magnificent and good, the soul necessarily unites with it, as we have said of our own body; and it is knowledge that causes love. Thus, if we know God in this manner, we necessarily unite with him, for he himself cannot be known without manifesting himself as supremely good and supremely august; and in him alone, as we have said, resides our happiness. This is not, certainly, because we can know him as he is, that is, adequately, but because, in order to unite with him, it is enough for us to know him to a certain extent. For the knowledge we have of the body is very far from being perfect knowledge, and yet what union with it! What love!

This fourth mode of knowledge, which is the knowledge of God, does not come, as we have said, from an intermediary object. It is immediate, as follows from what we said previously, namely:

1. That he is the cause of all knowledge;

2. That God is known through himself and not through another thing;

3. Finally, that for this reason nature unites us with him in such a way that we can neither exist nor be conceived without him.

From this it follows that we can know him only immediately.

Let us try to explain this union that we have with God through nature and through love.

