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Épictète

Entretiens d’Épictète, recueillis par Arrien Chapitre 7

Chapitre 37 sur 95

Référence canonique 2.7

Grec ancien

Heinrich Schenkl, Epicteti dissertationes ab Arriano digestae (1916)

πῶς μαντευτέον. διὰ τὸ ἀκαίρως μαντεύεσθαι πολλοὶ καθήκοντα πολλὰ παραλείπομεν. τί γὰρ ὁ μάντις δύναται πλέον ἰδεῖν θανάτου ἢ κινδύνου ἢ νόσου ἢ ὅλως τῶν τοιούτων; ἂν οὖν δέῃ κινδυνεῦσαι ὑπὲρ τοῦ φίλου, ἂν δὲ καὶ ἀποθανεῖν ὑπὲρ αὐτοῦ καθήκῃ, ποῦ μοι καιρὸς ἔτι μαντεύεσθαι; οὐκ ἔχω τὸν μάντιν ἔσω τὸν εἰρηκότα μοι τὴν οὐσίαν τοῦ ἀγαθοῦ καὶ τοῦ κακοῦ, τὸν ἐξηγημένον τὰ σημεῖα ἀμφοτέρων; τί οὖν ἔτι χρείαν ἔχω τῶν σπλάγχνων ἢ τῶν οἰωνῶν; ἀλλʼ ἀνέχομαι λέγοντος ἐκείνου συμφέρει σοι; τί γάρ ἐστι συμφέρον οἶδεν; τί ἐστιν ἀγαθὸν οἶδεν; μεμάθηκεν ὥσπερ τὰ σημεῖα τῶν σπλάγχνων οὕτως σημεῖα τίνα ἀγαθῶν καὶ κακῶν; εἰ γὰρ τούτων οἶδεν σημεῖα, καὶ καλῶν καὶ αἰσχρῶν οἶδεν καὶ δικαίων καὶ ἀδίκων. ἄνθρωπε, σύ μοι λέγε τί σημαίνεται, ζωὴ ἢ θάνατος, πενία ἢ πλοῦτος· πότερον δὲ συμφέρει ταῦτα ἢ ἀσύμφορά ἐστιν, σοῦ μέλλω πυνθάνεσθαι; διὰ τί ἐν γραμματικοῖς οὐ λέγεις; ἐνθάδʼ οὖν, ὅπου πάντες ἄνθρωποι πλανώμεθα καὶ πρὸς ἀλλήλους μαχόμεθα; διὰ τοῦτο ἡ γυνὴ καλῶς εἶπεν ἡ πέμψαι θέλουσα τῇ Γρατίλλῃ ἐξωρισμένῃ τὸ πλοῖον τῶν ἐπιμηνίων κατὰ τὸν εἰπόντα ὅτι ἀφαιρήσεται αὐτὰ Δομιτιανὸς μᾶλλον θέλω, φησίν, ἵνʼ ἐκεῖνος αὐτὰ ἀφέληται ἢ ἵνʼ ἐγὼ μὴ πέμψω. τί οὖν ἡμᾶς ἐπὶ τὸ οὕτω συνεχῶς μαντεύεσθαι ἄγει; ἡ δειλία, τὸ φοβεῖσθαι τὰς ἐκβάσεις. διὰ τοῦτο κολακεύομεν τοὺς μάντεις· κληρονομήσω, κύριε, τὸν πατέρα; ἴδωμεν· ἐπεκθυσώμεθα. ναί, κύριε, ὡς ἡ τύχη θέλει. εἶτʼ ἂν εἴπῃ κληρονομήσεις, ὡς παρʼ αὐτοῦ τὴν κληρονομίαν εἰληφότες εὐχαριστοῦμεν αὐτῷ. διὰ τοῦτο κἀκεῖνοι λοιπὸν ἐμπαίζουσιν ἡμῖν. τί οὖν; δεῖ δίχα ὀρέξεως ἔρχεσθαι καὶ ἐκκλίσεως, ὡς ὁ ὁδοιπόρος πυνθάνεται παρὰ τοῦ ἀπαντήσαντος, ποτέρα ν τῶν ὁδῶν φέρει, οὐκ ἔχων ὄρεξιν πρὸς τὸ τὴν δεξιὰν μᾶλλον φέρειν ἢ τὴν ἀριστεράν· οὐ γὰρ τούτων τινὰ ἀπελθεῖν θέλει, ἀλλὰ τὴν φέρουσαν. οὕτως ἔδει καὶ ἐπὶ τὸν θεὸν ἔρχεσθαι ὡς ὁδηγόν, ὡς τοῖς ὀφθαλμοῖς χρώμεθα, οὐ παρακαλοῦντες αὐτοὺς ἵνα τὰ τοιαῦτα μᾶλλον ἡμῖν δεικνύωσιν, ἀλλʼ οἷα ἐνδείκνυνται τούτων τὰς φαντασίας δεχόμενοι. νῦν δὲ τρέμοντες τὸ ὀρνιθάριον κρατοῦμεν καὶ τὸν θεὸν ἐπικαλούμενοι δεόμεθα αὐτοῦ· κύριε, ἐλέησον· ἐπίτρεψόν μοι ἐξελθεῖν. ἀνδράποδον, ἄλλο γάρ τι θέλεις ἢ τὸ ἄμεινον; ἄλλο οὖν τι ἄμεινον ἢ τὸ τῷ θεῷ δοκοῦν; τί τὸ ὅσον ἐπὶ σοὶ διαφθείρεις τὸν κριτήν, παράγεις τὸν σύμβουλον;

Anglais

George Long · George Long, The Discourses of Epictetus (1877)

how we ought to use divination.

Through an unreasonable regard to divination many of us omit many duties. For what more can the diviner see than death or danger or disease, or generally things of that kind? If then I must expose myself to danger for a friend, and if it is my duty even to die for him, what need have I then for divination? Have I not within me a diviner who has told me the nature of good and of evil, and has explained to me the signs (or marks) of both? What need have I then to consult the viscera of victims or the flight of birds, and why do I submit when he says, It is for your interest? For does he know what is for my interest, does he know what is good; and as he has learned the signs of the viscera, has he also learned the signs of good and evil? For if he knows the signs of these, he knows the signs both of the beautiful and of the ugly, and of the just and of the unjust. Do you tell me, man, what is the thing which is signified for me: is it life or death, poverty or wealth? But whether these things are for my interest or whether they are not, I do not intend to ask you. Why don't you give your opinion on matters of grammar, and why do you give it here about things on which we are all in error and disputing with one another? The woman therefore, who intended to send by a vessel a month's provisions to Gratilla in her banishment, made a good answer to him who said that Domitian would seize what she sent, I would rather, she replied, that Domitian should seize all than that I should not send it.

What then leads us to frequent use of divination? Cowardice, the dread of what will happen. This is the reason why we flatter the diviners. Pray, master, shall I succeed to the property of my father? Let us see: let us sacrifice on the occasion. - Yes, master, as fortune chooses. - When he has said, You shall succeed to the inheritance, we thank him as if we received the inheritance from him. The consequence is that they play upon us.

What then should we do? We ought to come (to divination) without desire or aversion, as the wayfarer asks of the man whom he meets which of two roads leads (to his journey's end), without any desire for that which leads to the right rather than to the left, for he has no wish to go by any road except the road which leads (to his end). In the same way ought we to come to God also as a guide; as we use our eyes, not asking them to show us rather such things as we wish, but receiving the appearances of things such as the eyes present them to us. But now we trembling take the augur (bird interpreter) by the hand, and while we invoke God we intreat the augur, and say Master have mercy on me; suffer me to come safe out of this difficulty. Wretch, would you have then any thing other than what is best? Is there then any thing better than what pleases God? Why do you, as far as is in your power, corrupt your judge and lead astray your adviser?

Français

Victor Courdaveaux · Victor Courdaveaux, Les Entretiens d’Épictète (1862)

Beaucoup de personnes manquent souvent à leurs devoirs, parce qu’elles consultent mal les devins. Qu’est-ce que le devin peut voir en effet ? La mort, les périls, la maladie, et autres choses de cette sorte ; rien de plus. Si donc il me faut braver un danger pour un ami, si mon devoir est de mourir pour lui, quel besoin ai-je de consulter le devin ? N’ai-je pas en moi un oracle, qui me dira où est le vrai bien et le vrai mal, et qui me fera connaître les caractères de l’un et de l’autre ? Qu’ai-je donc encore besoin des entrailles et des oiseaux ? Et supporterai-je le devin quand il me dit : « Voilà ce qui t’est utile ? » Est-ce qu’en effet il sait ce qui est utile ? Est-ce qu’il sait ce qui est bien ? Est-ce qu’il a appris à connaître les caractères du bien et du mal, comme ceux des entrailles ? S’il connaissait ceux du bien et du mal, il connaîtrait aussi ceux de la beauté et de la laideur, de la justice et de l’injustice ! « Homme, dis-moi ce qui m’est présagé, la vie ou la mort, la pauvreté ou la richesse. Mais me seront-elles utiles ou fatales, c’est ce que je ne te demanderai pas. Pourquoi ne parles-tu jamais sur la grammaire, mais seulement sur les questions où nous sommes dans l’incertitude, et en désaccord les uns avec les autres ? » Aussi est-ce une belle réponse que celle de cette femme qui voulait envoyer à l’exilée Gratilla un bâtiment chargé de vivres pour un mois, et à qui on disait que Domitien le ferait enlever : « J’aime mieux, dit-elle, qu’il l’enlève que de ne pas l’envoyer. »

Qu’est-ce qui nous pousse donc continuellement à consulter les oracles ? Notre lâcheté, notre frayeur de ce qui doit arriver. C’est pour cela que nous faisons la cour aux devins. « Maître, hériterai-je de mon père ? Voyons ; sacrifions pour cela. » - « Oui. » - « Maître, qu’il en soit comme le veut la fortune ! » Quand il nous dit ainsi : « Tu hériteras, » nous le remercions comme si c’était de lui que nous tinssions l’héritage. Aussi ces gens-là ont-ils belle à se moquer de nous !

Que devons-nous faire ? Aller les trouver, sans rien désirer, sans rien craindre ; semblables au voyageur qui demande à un passant celle des deux routes qui conduit où il va : il ne désire pas que ce soit celle de droite plutôt que celle de gauche qui y conduise ; car ce qu’il veut ce n’est pas d’aller de préférence par une d’entre elles, mais par celle qui conduit où il va. C’est ainsi qu’il faut aller trouver Dieu, pour qu’il nous guide. Usons de lui comme nous usons de nos yeux : nous ne leur demandons pas de nous faire voir ceci plutôt que cela ; nous nous bornons à recevoir les idées des choses qu’ils nous font voir. Ici, au contraire, nous nous emparons de l’augure en tremblant ; nous appelons Dieu à notre aide et nous lui disons avec prière : « Seigneur, aie pitié de moi ; accorde-moi de me tirer de là ! » Esclave, veux-tu donc autre chose que ce qu’il y a de mieux ? Et qu’y a-t-il de mieux que ce qui a été arrêté par Dieu ? Pourquoi donc, autant qu’il est en toi, corromps-tu ton juge, et séduis-tu ton conseiller ?

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