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John Locke
Essai philosophique concernant l’entendement humain Section S22
Section 85 sur 1 114
Référence canonique B1.C4.S22
Anglais
Project Gutenberg transcription of Locke author text
Besides what I have already said, there is another reason why I doubt that neither these nor any other principles are innate. I that am fully persuaded that the infinitely wise God made all things in perfect wisdom, cannot satisfy myself why he should be supposed to print upon the minds of men some universal principles; whereof those that are pretended innate, and concern SPECULATION, are of no great use; and those that concern PRACTICE, not self-evident; and neither of them distinguishable from some other truths not allowed to be innate. For, to what purpose should characters be graven on the mind by the finger of God, which are not clearer there than those which are afterwards introduced, or cannot be distinguished from them? If any one thinks there are such innate ideas and propositions, which by their clearness and usefulness are distinguishable from all that is adventitious in the mind and acquired, it will not be a hard matter for him to tell us WHICH THEY ARE; and then every one will be a fit judge whether they be so or no. Since if there be such innate ideas and impressions, plainly different from all other perceptions and knowledge, every one will find it true in himself. Of the evidence of these supposed innate maxims, I have spoken already: of their usefulness I shall have occasion to speak more hereafter.
Français
Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition
Pour conclurre : il y a quelques Idées qui ſe préſentent d’abord comme d’elles-mêmes à l’Entendement de tous les Hommes, & certaines véritez qui reſultent de quelques Idées dès que l’Eſprit joint ces idées enſemble pour en faire des Propoſitions. Il y a d’autres véritez qui dépendent d’une ſuite d’idées, diſpoſées en bon ordre, de l’exacte comparaiſon qu’on en fait, & de certaines déductions faites avec ſoin, ſans quoi l’on ne peut les découvrir, ni leur donner ſon conſentement. Certaines véritez de la prémiere eſpèce ont été regardées mal à propos comme innées, parce qu’elles ſont reçuës généralement & ſans peine. Mais la vérité eſt, que les Idées, quelles qu’elles ſoient, ne ſont pas plus nées avec nous, que les Arts & les Sciences : quoi qu’il y en ait effectivement quelques-unes qui ſe préſentent plus aiſément à notre Eſprit que d’autres, & qui par conſéquent ſont plus généralement reçuës, bien qu’au reſte elles ne viennent à notre connoiſſance, qu’en conſéquence de l’uſage que nous faiſons des Organes de notre Corps & des Facultez de notre Ame : Dieu ayant donné aux hommes des facultez & des moyens, pour découvrir, recevoir & retenir certaines véritez, ſelon qu’ils ſe ſervent de ces facultez & de ces moyens dont il les a pourvus. L’extrême différence qu’on trouve entre les idées des hommes, vient du différent uſage qu’ils font de leurs Facultez. Les uns recevant les choſes ſur la foi d’autrui, (& ceux-là ſont le plus grand nombre) abuſent de ce pouvoir qu’ils ont de donner leur conſentement à telle ou telle choſe, en ſoûmettant lâchement leur Eſprit à l’autorité des autres dans des points qu’il eſt de leur devoir d’examiner eux-mêmes avec ſoin, au lieu de les recevoir aveuglément avec une foi implicite. D’autres n’appliquent leur Eſprit qu’à un certain petit nombre de choſes dont ils acquiérent une aſſez grande connoiſſance, mais ils ignorent toute autre choſe, pour ne s’être jamais attachez à d’autres recherches. Ainſi rien n’eſt plus certain que cette vérité, Trois angles d’un Triangle ſont égaux à deux droits. Elle eſt non ſeulement très-certaines, mais même plus évidente, à mon avis, que pluſieurs de ces Propoſitions qu’on regarde comme des Principes. Cependant il y a des millions d’hommes, qui, quoi qu’habiles en d’autres choſes, ignorent entierement celle-là, parce qu’ils n’ont jamais appliqué leur Eſprit à l’examen de ces ſortes d’Angles. D’ailleurs, celui qui connoit très-certainement cette Propoſition, peut néanmoins ignorer entiérement la vérité de pluſieurs autres Propoſitions de Mathematique, qui ſont auſſi claires & auſſi évidentes que celle-là, parce qu’il n’a pas pouſſé ſes recherches juſques à l’examen de ces véritez de Mathematique. La même choſe peut arriver à l’égard des idées que nous avons de Dieu : car quoi qu’il n’y ait point de vérité que l’homme puiſſe connoître plus évidemment par lui-même, que l’exiſtence de Dieu, cependant quiconque regardera les choſes de ce Monde, ſelon qu’elles ſervent à ſes plaiſirs, & au contentement de ſes paſſions, ſans ſe mettre autrement en peine d’en rechercher les cauſes, les diverſes fins, & l’admirable diſpoſition, pour s’attacher avec ſoin à en tirer les conſéquences qui en naiſſent naturellement, un tel homme peut vivre long-temps ſans avoir aucune idée de Dieu. Et s’il s’en trouve d’autres qui viennent à mettre cette idée dans leur tête pour en avoir ouï parler en converſation, peut-être croiront-ils l’exiſtence d’un tel Etre : mais s’ils n’en ont jamais examiné les fondemens, la connoiſſance qu’ils en auront, ne ſera pas plus parfaite que celle qu’une perſonne peut avoir de cette vérité, Les trois angles d’un Triangle ſont égaux à deux droits, s’il la reçoit ſur la foi d’autrui, par la ſeule raiſon qu’il en a ouï parler comme d’une vérité certaine, ſans en avoir jamais examiné lui-même la démonſtration. Auquel cas ils peuvent regarder l’exiſtence de Dieu comme une opinion probable, mais ils n’en voyent pas la vérité, quoi qu’ils ayent des Facultez capables de leur en donner une connoiſſance claire & évidente, s’ils les employoient ſoigneuſement à cette recherche. Mais cela ſoit dit en paſſant, pour montrer, combien nos connoiſſances dépendent du bon uſage des Facultez que la Nature nous a données ; & combien peu elles dépendent de ces Principes qu’on ſuppoſe ſans raiſon avoir été imprimez dans l’Ame de tous les hommes pour être la règle de leur conduite : Principes que tous les hommes connoitroient néceſſairement, s’ils étoient dans leur Eſprit, ou qui leur étant inconnus, y ſeroient fort inutilement. Or puiſque tous les hommes ne les connoiſſent pas, & ne peuvent même les diſtinguer des autres véritez dont la connoiſſance leur vient certainement de dehors, nous ſommes en droit de conclurre qu’il n’y a point de tels Principes.
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