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John Locke
Essai philosophique concernant l’entendement humain Section S3
Section 953 sur 1 114
Référence canonique B4.C8.S3
Anglais
Project Gutenberg transcription of Locke author text
For, at this rate, any very ignorant person, who can but make a proposition, and knows what he means when he says ay or no, may make a million of propositions of whose truth he may be infallibly certain, and yet not know one thing in the world thereby; v.g. 'what is a soul, is a soul;' or, 'a soul is a soul;' 'a spirit is a spirit;' 'a fetiche is a fetiche,' &c. These all being equivalent to this proposition, viz. WHAT IS, IS; i.e. what hath existence, hath existence; or, who hath a soul, hath a soul. What is this more than trifling with words? It is but like a monkey shifting his oyster from one hand to the other: and had he but words, might no doubt have said, 'Oyster in right hand is subject, and oyster in left hand is predicate:' and so might have made a self-evident proposition of oyster, i.e. oyster is oyster; and yet, with all this, not have been one whit the wiser or more knowing: and that way of handling the matter would much at one have satisfied the monkey's hunger, or a man's understanding, and they would have improved in knowledge and bulk together.
Français
Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition
Car à ce compte, le plus ignorant de tous les hommes qui peut ſeulement former une Propoſition & qui fait ce qu’il penſe quand il dit oui ou non, peut faire un million de Propoſitions de la vérité deſquelles il peut être infailliblement aſſûré ſans être pourtant inſtruit de la moindre choſe par ce moyen, comme, Ce qui eſt Ame, eſt Ame, c’eſt-à-dire, une Ame eſt Ame, un Eſprit eſt un Eſprit, une Fetiche eſt une Fetiche, &c. toutes Propoſitions équivalentes à celle-ci, Ce qui eſt, eſt, c’eſt-à-dire, Ce qui a de l’exiſtence, a de l’exiſtence, ou celui qui a une Ame a une Ame. Qu’eſt-ce autre choſe que ſe jouer des mots ? C’eſt faire juſtement comme un Singe qui s’amuſeroit à jetter une Huitre d’une main à l’autre, & qui, s’il avoit des mots, pourroit ſans doute dire, l’Huitre dans la main droite eſt le ſujet, & l’Huitre dans la main gauche eſt * l’attribut, & former par ce moyen cette Propoſition évidente par elle-même, l’Huitre eſt l’Huitre, ſans avoir pour tout cela le moindre grain de connoiſſance de plus. Cette maniére d’agir pourroit tout auſſi bien ſatisfaire la faim du Singe que l’Entendement d’un homme, & elle ſerviroit autant à faire croître le prémier en groſſeur, qu’à faire avancer le dernier en Connoiſſance.
Je ſai qu’il y a des gens, qui s’intereſſent beaucoup pour les Propoſitions Identiques, & qui s’imaginent qu’elles rendent de grands ſervices à la Philoſophie, parce qu’elles ſont évidentes en elles-mêmes. Ils les exaltent comme ſi elles renfermoient tout le ſecret de la Connoiſſance, & que l’Entendement fût conduit uniquement par leur moyen dans toutes les véritez qu’il eſt capable de comprendre. J’avoûë auſſi librement que qui que ce ſoit, que toutes ces Propoſitions ſont véritables & évidentes par elles-mêmes. Je conviens de plus que le fondement de toutes nos Connoiſſances dépend de la Faculté que nous avons d’appercevoir que la même Idée eſt la même, & de la diſcerner de celles qui ſont différentes, comme je l’ai fait voir dans le Chapitre précedent. Mais je ne vois pas comment cela empêche que l’uſage qu’on prétendroit faire des Propoſitions Identiques pour l’avancement de la Connoiſſance ne ſoit juſtement traité de frivole. Qu’on repete auſſi ſouvent qu’on voudra, Que la volonté eſt la volonté, & qu’on faſſe ſur cela autant de fond qu’on jugera à propos ; de quel uſage ſera cette Propoſition, & une infinité d’autres ſemblables pour étendre nos Connoiſſances ? Qu’un homme forme autant de ces ſortes de Propoſitions que les mots qu’il fait pourront lui permettre d’en faire, comme celles-ci, Une Loi eſt une Loi, & l’Obligation eſt l’Obligation, le Droit eſt le Droit, & l’Injuſte eſt l’Injuſte ; ces Propoſitions & autres ſemblables lui ſeront-elles d’aucun uſage pour apprendre la Morale ? Lui feront-elles connoître à lui ou aux autres les devoirs de la vie ? Ceux qui ne ſavent & ne ſauront peut-être jamais ce que c’eſt que Juſte & Injuſte, ni les meſures de l’un & de l’autre, peuvent former avec autant d’aſſûrance toutes ces ſortes de Propoſitions, & en connoître auſſi infailliblement la vérité, que celui qui eſt le mieux inſtruit des véritez de la Morale. Mais quel progrès font-ils par le moyen de ces Propoſitions dans la Connoiſſance d’aucune choſe néceſſaire ou utile à leur conduite ?
On regarderoit ſans doute comme un pur badinage les efforts d’un homme qui pour éclairer l’Entendement ſur quelque Science, s’amuſeroit à entaſſer des Propoſitions Identiques & à inſiſter ſur des Maximes comme celle-ci, La Subſtance eſt la Subſtance, le Corps eſt le Corps, le Vuide eſt le Vuide, un Tourbillon eſt un Tourbillon, un Centaure eſt un Centaure, & une Chimère eſt une Chimère, &c. Car toutes ces Propoſitions & autres ſemblables ſont également véritables, également certaines, & également évidentes par elles-mêmes. Mais avec tout cela, elles ne peuvent paſſer que pour des Propoſitions frivoles, ſi l’on vient à s’en ſervir comme de Principes d’inſtruction, & à s’y appuyer comme ſur des moyens pour parvenir à la Connoiſſance ; puisqu’elles ne nous enſeignent rien que ce que tout homme, qui eſt capable de diſcourir, fait lui-même ſans que perſonne le lui diſe, ſavoir, que le même terme eſt le même terme, & que la même Idée eſt la même Idée. Et c’eſt ſur ce fondement que j’ai crû & que je crois encore, que de mettre en avant & d’inculquer ces ſortes de Propoſitions dans le deſſein de répandre de nouvelles lumiéres dans l’Entendement, ou de lui ouvrir un chemin vers la Connoiſſance des choſes, c’eſt une imagination tout-à-fait ridicule. L’inſtruction conſiſte en quelque choſe de bien différent. Quiconque veut entrer lui-même, ou faire entrer les autres dans des véritez qu’il ne connoit point encore, doit trouver des Idées moyennes, & les ranger l’une auprès de l’autre dans un tel ordre que l’Entendement puiſſe voir la convenance ou la diſconvenance des Idées en queſtion. Les Propoſitions qui ſervent à cela, ſont veritablement inſtructives, mais elles ſont bien différentes de celles où l’on affirme le même terme de lui-même, par où nous ne pouvons jamais parvenir ni faire parvenir les autres à aucune eſpèce de Connoiſſance. Cela n’y contribuë pas plus, qu’il ſerviroit à une perſonne qui voudroit apprendre à lire, qu’on lui inculquât ces Propoſitions, un A eſt un A, un B eſt un B, &c. Ce qu’un homme peut ſavoir auſſi bien qu’aucun Maître d’Ecole, ſans être pourtant jamais capable de lire un ſeul mot durant tout le cours de ſa vie, ces Propoſitions & autres ſemblables purement Identiques, ne contribuant en aucune maniére à lui apprendre à lire, quelque uſage qu’il en puiſſe faire.
Si ceux qui déſapprouvent que je nomme Frivoles ces ſortes de Propoſitions, avoient lû & pris la peine de comprendre ce que j’ai écrit ci-deſſus en termes fort intelligibles, ils n’auroient pû s’empêcher de voir par Propoſitions Identiques je n’entens que celles-là ſeulement où le même terme emportant la même Idée, eſt affirmé de lui-même. C’eſt là, à mon avis, ce qu’il faut entendre proprement par des Propoſitions Identiques ; & je croi pouvoir continuer de dire ſurement à l’égard de toutes ces ſortes de Propoſitions, que de les propoſer comme des moyens d’inſtruire l’Eſprit, c’eſt un vrai badinage. Car perſonne qui a l’uſage de la Raiſon, ne peut éviter de les rencontrer toutes les fois qu’il eſt néceſſaire qu’il en prenne connoiſſance, & lorſqu’il en prend connoiſſance, il ne ſauroit douter de leur vérité.
Que ſi certaines gens veulent donner le nom d’Identique à des Propoſitions où le même terme n’eſt pas affirmé de lui-même, c’eſt à d’autres à juger s’ils parlent plus proprement que moi. Ce qu’il y a de certain, c’eſt que tout ce qu’ils diſent des Propoſitions qui ne ſont pas Identiques, ne tombe point ſur moi, ni ſur ce que j’ai dit ; puiſque tout ce que j’ai dit, ſe rapporte à ces Propoſitions où le même terme eſt affirmé de lui-même ; & je voudrois bien voir un exemple où l’on pût ſe ſervir d’une telle Propoſition pour avancer dans quelque Connoiſſance que ce ſoit. Quant aux Propoſitions d’une autre Eſpèce, tout l’uſage qu’on peut en faire, ne m’intereſſe en aucune maniére, parce qu’elles ne ſont pas du nombre de celles que je nomme Identiques.
Concepts de ce passage
Colère
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Attribut
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Soin de l’âme
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Convenance morale
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Degrés de connaissance et probabilité
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Devoir
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Éducation
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