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Sénèque

Des bienfaits Chapitre 6

Chapitre 94 sur 228

Référence canonique 4.6

Latin

Perseus canonical Latin TEI

Si pauca quis tibi donasset iugera, accepisse te diceres beneficium; immensa terrarum late patentium spatia negas esse beneficium ? Si pecuniam tibi aliquis donaverit et arcam tuam, quoniam tibi id ma gnum videtur, impleverit, beneficium vocabis ; tot metalla deus defodit, tot flumina emisit terra, super quae decurrunt sola, aurum vehentia ; argenti, aeris, ferri immane pondus omnibus locis obrutum, cuius investigandi tibi facultatem dedit, ac latentium divitiarum in summa terra signa disposuit : negas te accepisse beneficium ? Si domus tibi donetur, in qua marmoris aliquid resplendeat et tectum nitidi us auro aut coloribus sparsum, non mediocre munus vocabis. Ingens tibi domicilium sine ullo incendii aut ruinae metu struxit, in quo vides non tenues crustas et ipsa, qua secantur, lamna gracili ores, sed integras lapidis pretiosissimi moles, sed totas variae distinctaeque materiae, cuius tu parvula frusta miraris, tectum vero aliter nocte, aliter interdiu fulgens : negas te ullum munus accepisse ? Et cum ista, quae habes, magno aestimes, quod est ingrati hominis, nulli debere te iudicas ? Unde tibi istum, quem trahis, spiritum ? Unde istam, per quam actus vitae tuae disponis atque ordinas, lucem ? Unde sanguinem, cuius cursu vitalis continetur calor ? Unde ista palatum tuum saporibus exquisitis ultra satietatem lacessentia ? Unde haec irritamenta iam lassae voluptatis ? Unde ista quies, in qua putrescis ac marces ? Nonne, si gratus es, dices : Deus nobis haec otia fecit, namque erit ille mihi semper deus, illius aram saepe tener nostris ab ovilibus inbuet agnus, ille meas errare boves, ut cernis, et ipsum ludere, quae vellem, calamo permisit agresti. Ille deus est, non qui paucas boves, sed qui per totum orbem armenta dimisit, qui gregibus ubique passim vagantibus pabulum praestat, qui pascua hibernis aestiva substituit, qui non calamo tantum cantare et agreste atque inconditum carmen ad aliquam tamen observationem modulari docuit, sed tot artes, tot vocum varietates, tot sonos alios spiritu nostro, alios externo cantus edituros commentus est. Neque enim nostra ista, quae invenimus, dixeris, non magis, quam quod crescimus, quam quod ad constitutum temporum sua corpori officia respondent : nunc puerilium dentium lapsus, nunc ad surgentem iam aetatem et in robustiorem gradum transeuntem pubertas et ultimus ille dens surgenti iuventae terminum ponens. Insita sunt nobis omnium aetatium, omnium artium semina, magisterque ex occulto deus producit ingenia.

Anglais

Aubrey Stewart · On Benefits (1887)

If any one gave you a few acres, you would say that you had received a benefit; can you deny that the boundless extent of the earth is a benefit? If any one gave you money, and filled your chest, since you think that so important, you would call that a benefit. God has buried countless mines in the earth, has poured out from the earth countless rivers, rolling sands of gold; He has concealed in every place huge masses of silver, copper and iron, and has bestowed upon you the means of discovering them, placing upon the surface of the earth signs of the treasures hidden below; and yet do you say that you have received no benefit? If a house were given you, bright with marble, its roof beautifully painted with colours and gilding, you would call it no small benefit. God has built for you a huge mansion that fears no fire or ruin, in which you see no flimsy veneers, thinner than the very saw with which they are cut, but vast blocks of most precious stone, all composed of those various and different substances whose paltriest fragments you admire so much; he has built a roof which glitters in one fashion by day, and in another by night; and yet do you say that you have received no benefit? When you so greatly prize what you possess, do you act the part of an ungrateful man, and think that there is no one to whom you are indebted for them? Whence comes the breath which you draw? the light by which you arrange and perform all the actions of your life? the blood by whose circulation your vital warmth is maintained? those meats which excite your palate by their delicate flavour after your hunger is appeased? those provocatives which rouse you when wearied with pleasure? that repose in which you are rotting and mouldering? Will you not, if you are grateful, say-- "'Tis to a god that this repose I owe, For him I worship, as a god below. Oft on his altar shall my firstlings bleed, See, by his bounty here with rustic reed I play the airs I love the livelong day, The while my oxen round about me stray." The true God is he who has placed, not a few oxen, but all the herds on their pastures throughout the world; who furnishes food to the flocks wherever they wander; who has ordained the alternation of summer and winter pasturage, and has taught us not merely to play upon a reed, and to reduce to some order a rustic and artless song, but who has invented so many arts and varieties of voice, so many notes to make music, some with our own breath, some with instruments. You cannot call our inventions our own any more than you call our growth our own, or the various bodily functions which correspond to each stage of our lives; at one time comes the loss of childhood's teeth, at another, when our age is advancing and growing into robuster manhood, puberty and the last wisdom-tooth marks the end of our youth. "We have implanted in us the seeds of all ages, of all arts, and God our master brings forth our intellects from obscurity."

Français

Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)

Si quelqu’un t’eût fait don de quelques arpents, tu appellerais cela un bienfait, et ces espaces sans bornes que la terre ouvre au loin devant toi, ce n’est pas là un bienfait, dis-tu ? Que l’on te donne une somme d’argent, que l’on remplisse ton coffre-fort, action à tes yeux vraiment grande, tu appelleras cela un bienfait ; et tant de métaux mis à ta portée, tant de fleuves sortis de la terre et charriant l’or pur à sa surface ; cet argent, cet airain, ce fer ensevelis dans toute contrée par énormes masses, la faculté de les découvrir que Dieu t’a donnée, les signes qu’il a disposés à la superficie du sol pour te révéler ces trésors, toutes ces choses ne sont pas des bienfaits pour toi ? Que l’on te donne une maison où brillera quelque peu de marbre, et dont le plafond plus riche que d’autres sera parsemé d’or ou de peintures, ce présent ne te semblera pas médiocre ; et l’immense domicile construit pour toi, sans nul risque ni d’incendie, ni d’écroulement, où tu contemples non de frêles placages, plus minces même que la lame qui les divise, mais des blocs massifs des pierres les plus précieuses, des masses énormes de telle substance si variée, si bien nuancée, dont le moindre fragment te frappe d’admiration ; ce domicile dont la voûte, resplendissante pendant le jour, s’éclaire la nuit de nouveaux feux ne serait pas pour toi un bienfait ? Toi qui mets tant de prix à ce que tu possèdes, ingrat que tu es, tu prétends ne le devoir à personne ! De qui te vient cet air que tu respires ; cette lumière qui te permet de distribuer et de régler les actes de ton existence ; ce sang, dont le cours entretient chez toi la chaleur et la vie ; ces exquises saveurs qui provoquent ton palais quand déjà l’appétit n’est plus ; ces stimulants, qui réveillent tes sens fatigués de jouir ; ce calme où tu croupis et où tes jours se flétrissent ? Si peu que tu aies de reconnaissance, ne diras-tu pas : C’est un dieu qui m’a fait ce loisir : Il sera toujours dieu pour moi ; j’irai choisir, Bien souvent, pour l’autel où je lui sacrifie, Un des tendres agneaux de notre bergerie. Grâce à lui, mes troupeaux errent comme tu vois, Et ma flûte à mon gré s’anime sous mes doigts . Oui, c’est à un dieu que nous devons, non pas quelques génisses, mais ces troupeaux de toute race qu’il a semés sur le globe entier où, errants de toutes parts, ils trouvent leur pâture préparée par lui, et les pacages de l’été qui viennent après ceux de l’hiver ; nous lui devons non pas seulement d’enfler un chalumeau et de moduler des airs informes et rustiques, bien que non sans charme et soumis à une certaine harmonie, mais tous ces secrets de l’art, toute cette diversité de voix, tous ces sons partis et de la bouche humaine et des instruments pour former des accords dont l’idée nous fut inspirée par lui. Car ce n’est pas à nous que nos découvertes doivent s’attribuer, pas plus que la croissance de nos corps et les fonctions de nos organes correspondantes à des périodes fixes, et la chute des dents de l’enfance, et l’époque où, adulte déjà, l’homme pubère entre dans l’âge de la force, et cette dernière dent qui pose sa limite au développement de la jeunesse. Tous les âges de la vie, ainsi que tous les arts, existent en germe chez l’homme ; et c’est notre maître, c’est Dieu qui fait sortir de principes cachés toutes nos aptitudes .

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