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Sénèque

De la constance du sage Chapitre 7

Chapitre 7 sur 19

Référence canonique 7

Latin

Perseus canonical Latin TEI

Non est quod dicas, ita ut soles, hunc sapientem nostrum nusquam inveniri. Non fingimus istud humani ingenii vanum decus nec ingentem imaginem falsae rei concipimus, sed qualem conformamus, exhibuimus, exhibebimus, raro forsitan magnisque aetatium intervallis unum; neque enim magna et excedentia solitum ac vulgarem modum crebro gignuntur. Ceterum hic ipse M. Cato, a cuius mentione haec disputatio processit, vereor ne supra nostrum exemplar sit. Denique validius debet esse quod laedit eo quod laeditur ; non est autem fortior nequitia virtute ; non potest ergo laedi sapiens. Iniuria in bonos nisi a malis non temptatur ; bonis inter se pax est, mali tam bonis perniciosi quam inter se. Quodsi laedi nisi infirmior non potest, malus autem bono infirmior est, nec iniuria bonis nisi a dispari verenda est; iniuria in sapientem virum non cadit. Illud enim iam non es admonendus neminem bonum esse nisi sapientem. " Si iniuste," inquit, " Socrates damnatus est, iniuriam accepit." Hoc loco intellegere nos oportet posse evenire, ut faciat aliquis iniuriam mihi et ego non accipiam. Tamquam si quis rem, quam e villa mea subripuit, in domo mea ponat, ille furtum fecerit, ego nihil perdiderim. Potest aliquis nocens fieri, quamvis non nocuerit. Si quis cum uxore sua tamquam cum aliena concumbat, adulter erit, quamvis illa adultera non sit. Aliquis mihi venenum dedit, sed vim suam remixtum cibo perdidit; venenum ille dando sceleri se obligavit, etiam si non nocuit ; non minus latro est, cuius telum obposita veste elusum est. Omnia scelera etiam ante effectum operis, quantum culpae satis est, perfecta sunt. Quaedam eius condicionis sunt et hac vice copulantur, ut alterum sine altero esse possit, alterum sine altero non possit. Quod dico conabor facere manifestum. Possum pedes movere, ut non curram ; currere non possum, ut pedes non moveam. Possum, quamvis in aqua sim, non natare ; si nato, non possum in aqua non esse. Ex hac sorte et hoc est de quo agitur. Si iniuriam accepi, necesse est factam esse ; si est facta, non est necesse accepisse me; multa enim incidere possunt quae submoveant iniuriam. Ut intentatam manum deicere aliquis casus potest et emissa tela declinare, ita iniurias qualescumque potest aliqua res repellere et in medio intercipere, ut et factae sint nec acceptae.

Anglais

Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)

You have no cause for saying, as you are wont to do, that this wise man of ours is nowhere to be found; we do not invent him as an unreal glory of the human race, or conceive a mighty shadow of an untruth, but we have displayed and will display him just as we sketch him, though he may perhaps be uncommon, and only one appears at long intervals; for what is great and transcends the common ordinary type is not often produced; but this very Marcus Cato himself, the mention of whom started this discussion, was a man who I fancy even surpassed our model. Moreover, that which hurts must be stronger than that which is hurt. Now wickedness is not stronger than virtue; therefore the wise man cannot be hurt. Only the bad attempt to injure the good. Good men are at peace among themselves; bad ones are equally mischievous to the good and to one another. If a man cannot be hurt by one weaker than himself, and a bad man be weaker than a good one, and the good have no injury to dread, except from one unlike themselves; then, no injury takes effect upon the wise man; for by this time I need not remind you that no one save the wise man is good. “If,” says our adversary, “Socrates was unjustly condemned, he received an injury.” At this point it is needful for us to bear in mind that it is possible for some one to do an injury to me, and yet for me not to receive it, as if any one were to steal something from my country-house and leave it in my town-house, that man would commit a theft, yet I should lose nothing. A man may become mischievous, and yet do no actual mischief: if a man lies with his own wife as if she were a stranger, he will commit adultery, but his wife will not; if a man gives me poison and the poison lose its strength when mixed with food, that man, by administering the poison, has made himself a criminal, even though he has done no hurt. A man is no less a brigand because his sword becomes entangled in his victim’s clothes and misses its mark. All crimes, as far as concerns their criminality, are completed before the actual deed is accomplished. Some crimes are of such a nature and bound by such conditions that the first part can take place without the second. though the second cannot take place without the first. I will endeavour to explain these words: I can move my feet and yet not run; but I cannot run without moving my feet. I can be in the water without swimming; but if I swim, I cannot help being in the water. The matter of which we are treating is of this character: if I have received an injury, it is necessary that some one must have done it to me; but if an injury has been done me, it is not necessary that I should have received one; for many circumstances may intervene to avert the injury, as, for example, some chance may strike the hand that is aiming at us, and the dart, after it has been thrown, may swerve aside. So injuries of all kinds may by certain circumstances be thrown back and intercepted in mid-course, so that they may be done and yet not received.

Français

Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)

Il ne faut pas dire, selon ta coutume, que notre sage ne se trouve nulle part. Ce n’est pas un vain portrait forgé pour honorer la nature humaine, ni le gigantesque idéal d’une chose qui n’est point et que nous rêvons ; mais tel nous affirmons qu’est le sage, tel nous l’avons montré et le montrerons. Il est rare peut-être et ne se rencontre que de loin en loin dans les siècles ; car les grands phénomènes, car ce qui excède l’ordinaire et commune mesure ne se produit pas fréquemment ; toutefois, je crains bien que ce M. Caton, dont le souvenir a fait le début de cette discussion, ne soit fort au-dessus de votre modèle à vous . En résumé, il est certain que ce qui blesse est plus fort que ce qui est blessé ; or la perversité n’a pas plus d’énergie que la vertu, et partant ne peut blesser le sage. L’injure n’est essayée que par les méchants contre les bons : ceux-ci entre eux vivent en paix ; et les méchants ne sont pas moins hostiles les uns pour les autres que pour les bons. Que si l’on ne peut blesser que le faible si le méchant est moins fort que le bon, si les bons n’ont à craindre l’injure que de qui ne leur ressemble pas, elle n’a certes point prise sur le sage ; car il n’est plus besoin de t’avertir que lui seul est bon. « Si Socrate, dis-tu, a été injustement condamné, il a éprouvé une injure. » Ici nous devons distinguer : il peut arriver qu’on m’adresse une injure et que je ne la reçoive pas. Par exemple, qu’on me dérobe un objet dans ma maison des champs et qu’on le reporte à ma maison de ville, on aura commis un larcin et je n’aurai rien perdu. On peut devenir malfaiteur, sans avoir fait le mal. Celui qui sort des bras de sa femme, la croyant celle d’un autre, est adultère, bien que sa femme ne le soit pas. Quelqu’un m’a donné du poison, mais dont la force s’est perdue, mêlée à ma nourriture ; en me donnant ce poison on s’est engagé dans le crime, encore qu’on n’ait pas nui. Il n’en est pas moins assassin, l’homme dont j’ai trompé le fer en y opposant mon manteau. Tout crime, avant même d’avoir accompli son œuvre, est, pour ce qui fait le coupable, déjà consommé . Certaines choses ont entre elles une condition d’existence et une connexion telles, que la première peut être sans la seconde, mais non la seconde sans la première. Essayons d’éclaircir ceci par un exemple. Je puis mouvoir mes pieds sans courir , je ne courrais pas sans mouvoir mes pieds ; je puis, quoique étant dans l’eau, ne pas nager ; si je nage, je ne puis pas n’être point dans l’eau. De ce genre est aussi la question qui nous occupe. Si j’éprouve une injure, nécessairement on me l’a faite ; si on l’a faite, il ne s’ensuit pas nécessairement que je l’éprouve. Mille incidents peuvent l’écarter. Le hasard peut arrêter la main qui me menace et détourner le trait qu’on m’a lancé ; ainsi l’injure, quelle qu’elle soit, peut être repoussée par un obstacle quelconque, interceptée en son chemin, de sorte qu’on l’ait faite sans qu’elle ait été reçue.

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