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Baruch Spinoza
Éthique, traduction française d’Émile Saisset Section section-0014
Section 14 sur 300
Référence canonique section-0014
Français
Émile Saisset or Paul Janet
Scholie : On se représente souvent Dieu comme formé, à l’image de l’homme, d’un corps et d’un esprit, et sujet, ainsi que l’homme, aux passions. Ce qui précède montre assez, sans doute, combien de telles pensées s’éloignent de la vraie connaissance de Dieu. Mais laissons cette sorte d’erreur ; car tous ceux qui ont un peu considéré la nature divine nient que Dieu soit corporel, et ils prouvent fort bien leur sentiment en disant que nous entendons par corps toute quantité qui a longueur, largeur et profondeur, et qui est terminée par une certaine figure, ce qui ne peut se dire de Dieu, l’être absolument infini, sans la dernière absurdité. Mais tout en faisant ce raisonnement, ils y joignent d’autres preuves qui font voir clairement que, dans leur opinion, la substance corporelle ou étendue est entièrement séparée de la nature divine et qu’elle a été créée par Dieu. Par quelle espèce de puissance divine a-t-elle été créée, c’est ce qu’ils ignorent. Et cela prouve bien qu’ils n’entendent pas ce qu’ils disent. Pour moi, j’ai, ce me semble, prouvé assez clairement ( voyez le Coroll. de la Propos . 6 , et le Scholie 2 de la Propos . 8 ) qu’aucune substance ne peut être produite ou créée par une autre substance. Or, il a été établi d’un autre côté ( par la Propos . 14 ) qu’aucune autre substance que Dieu ne peut exister ni se concevoir ; d’où nous avons conclu que la substance étendue est un des attributs infinis de Dieu.
Mais, pour que la chose soit plus complètement expliquée, je réfuterai ici les arguments de mes adversaires, lesquels reviennent à ceci :
premièrement, la substance corporelle, en tant que substance, se compose, suivant eux, de parties, et c’est pourquoi ils nient qu’elle puisse être infinie, et conséquemment appartenir à Dieu. C’est ce qu’ils expliquent par beaucoup d’exemples. J’en rapporterai quelques-uns : si la substance corporelle est infinie, disent-ils, concevez-la divisée en deux parties ; chaque partie sera finie ou infinie. Dans le premier cas, l’infini se composera de deux parties finies, ce qui est absurde. Dans le second cas, on aura un infini double d’un autre infini, ce qui est également absurde. De plus, si on évalue une quantité infinie en parties égales à un pied, elle devra se composer d’un nombre infini de telles parties, tout comme si on l’évaluait en parties égales à un pouce. Et par conséquent, un nombre infini sera douze fois plus grand qu’un autre nombre infini. Enfin, concevez que d’un point A appartenant à une étendue infinie on fasse partir deux lignes AB, AC, lesquelles s’éloignent d’abord l’une de l’autre d’une distance fixe et déterminée BC. Si vous les prolongez à l’infini, cette distance s’augmentant de plus en plus deviendra indéterminable, de déterminée qu’elle était.
Toutes ces absurdités résultant, selon l’opinion de nos adversaires, de la supposition qu’on a faite d’une quantité infinie, ils concluent que la substance corporelle est finie, et par conséquent qu’elle n’appartient pas à l’essence de Dieu. - Leur second argument est tiré de la perfection suprême de Dieu. Dieu, dit-on, étant l’être souverainement parfait, ne peut pâtir. Or, la substance corporelle peut pâtir, en tant que divisible, d’où il suit qu’elle n’appartient pas à l’essence de Dieu.
Tels sont les arguments que je lis dans les auteurs qui ont voulu établir que la substance corporelle est indigne de la nature divine et ne peut lui appartenir. Mais en vérité, si l’on veut bien y prendre garde sérieusement, on verra que j’ai déjà répondu à tout cela, puisque tous ces arguments se fondent uniquement sur ce point, que la substance corporelle est composée de parties, supposition dont j’ai déjà montré l’absurdité ( voir la Propos . 12 et le Coroll. de la Propos . 13 ).
J’ajouterai qu’à bien considérer la chose, les conséquences absurdes (sont-elles toutes absurdes, c’est de quoi je ne dispute pas encore) dont on se sert pour établir que la substance corporelle est finie, ne viennent point du tout de ce qu’on a supposé une quantité infinie, mais de ce qu’on a supposé que cette quantité infinie était mesurable et composée de parties finies ; et c’est pourquoi tout ce qui résulte des absurdités où conduit cette supposition, c’est qu’une quantité infinie n’est pas mesurable et ne peut se composer de parties. Or, c’est justement ce que nous avons démontré plus haut ( Propos . 12 , etc. ). De façon que nos adversaires se blessent eux-mêmes avec les armes dirigées contre nous. Que si de cette absurdité, qui est leur ouvrage, ils prétendent conclure néanmoins que la substance étendue doit être finie, ils font véritablement comme un homme qui donnerait au cercle les propriétés du carré, et conclurait de là que le cercle n’a pas de point central d’où se puissent mener à la circonférence des lignes égales. Ils supposent en effet que la substance corporelle, laquelle ne se peut concevoir que comme infinie, unique et indivisible ( voyez les Propos . 8 , 10 et 12 ) est composée de parties finies, qu’elle est multiple et divisible, le tout pour conclure que cette substance est finie.
C’est ainsi que d’autres raisonneurs, après avoir imaginé la ligne comme un composé de points, savent trouver une foule d’arguments pour montrer qu’elle ne peut être divisée à l’infini. Et à vrai dire, il n’est pas moins absurde de supposer la substance corporelle formée de corps ou de parties, que de composer le corps de surfaces, les surfaces de lignes et finalement les lignes de points. C’est là ce que doit avouer tout homme qui sait qu’une raison claire est infaillible. Que sera-ce si on se range à l’opinion de ceux qui nient le vide ? Supposez, en effet, que la substance corporelle se puisse diviser de telle sorte que des parties soient réellement distinguées l’une de l’autre ; pourquoi l’une d’elles ne pourrait-elle pas être anéantie, les autres gardant entre elles le même rapport qu’auparavant ? Et pourquoi ces parties devraient-elles s’adapter les unes aux autres de façon à empêcher le vide ? Certes, quand deux choses sont réellement distinctes l’une de l’autre, l’une peut exister sans l’autre et persister dans le même état. Puis donc qu’il n’y a pas de vide dans la nature (comme on le verra ailleurs) et que toutes les parties doivent concourir de façon que le vide n’existe pas, il s’ensuit que ces parties ne peuvent pas se distinguer réellement, c’est-à-dire que la substance corporelle en tant que substance est indivisible.
Anglais Traduction générée par IA, non officielle
Codex gpt-5.6-sol · Traduction de travail non officielle · 2026-09-11
Scholium: God is often represented as formed, in the image of man, of a body and a mind, and as subject, like man, to passions. What precedes doubtless shows sufficiently how far such thoughts stray from the true knowledge of God. But let us leave this kind of error aside; for all who have considered the divine nature to any degree deny that God is corporeal, and they prove their view very well by saying that by body we understand any quantity having length, breadth, and depth and bounded by a certain figure, which cannot be said of God, the absolutely infinite being, without the utmost absurdity. Yet while making this argument, they add other proofs which clearly show that, in their opinion, corporeal or extended substance is entirely separate from the divine nature and was created by God. By what kind of divine power it was created, they do not know. And this clearly proves that they do not understand what they are saying. For my part, I believe I have proved clearly enough (see the Coroll. of Prop. 6 and Scholium 2 of Prop. 8) that no substance can be produced or created by another substance. Now it has also been established (by Prop. 14) that no substance other than God can exist or be conceived; from which we have concluded that extended substance is one of God’s infinite attributes.
But so that the matter may be explained more fully, I shall refute here the arguments of my opponents, which amount to this:
first, corporeal substance, insofar as it is substance, is composed, according to them, of parts, and therefore they deny that it can be infinite and consequently belong to God. They explain this with many examples. I shall report a few of them: if corporeal substance is infinite, they say, conceive it divided into two parts; each part will be finite or infinite. In the first case, the infinite will be composed of two finite parts, which is absurd. In the second case, there will be an infinite twice as great as another infinite, which is likewise absurd. Furthermore, if an infinite quantity is measured in parts equal to one foot, it will have to be composed of an infinite number of such parts, just as if it were measured in parts equal to one inch. Consequently, one infinite number will be twelve times greater than another infinite number. Finally, conceive that from a point A belonging to an infinite extension two lines AB and AC are drawn, which at first diverge from one another by a fixed and determinate distance BC. If you extend them to infinity, that distance, increasing more and more, will become indeterminable, though it was determinate.
Since all these absurdities result, in our opponents’ opinion, from the supposition of an infinite quantity, they conclude that corporeal substance is finite and consequently does not belong to the essence of God.
Their second argument is drawn from God’s supreme perfection. God, they say, being the supremely perfect being, cannot undergo action. But corporeal substance can undergo action, insofar as it is divisible, from which it follows that it does not belong to God’s essence.
Such are the arguments I read in authors who have sought to establish that corporeal substance is unworthy of the divine nature and cannot belong to it. But truly, if one takes care to consider them seriously, one will see that I have already answered all this, since all these arguments rest solely on the claim that corporeal substance is composed of parts, a supposition whose absurdity I have already shown (see Prop. 12 and the Coroll. of Prop. 13).
I shall add that, when the matter is properly considered, the absurd consequences (whether they are all absurd is something I do not yet dispute) used to establish that corporeal substance is finite arise not at all from the supposition of an infinite quantity, but from the supposition that this infinite quantity is measurable and composed of finite parts. Therefore, all that follows from the absurdities to which this supposition leads is that an infinite quantity is not measurable and cannot be composed of parts. But this is precisely what we demonstrated above (Prop. 12, etc.). Thus our opponents wound themselves with the weapons directed against us. If, from this absurdity, which is their own work, they nevertheless claim to conclude that extended substance must be finite, they truly act like a man who would give the circle the properties of the square and conclude from this that the circle has no central point from which equal lines can be drawn to the circumference. For they suppose that corporeal substance, which can be conceived only as infinite, unique, and indivisible (see Props. 8, 10, and 12), is composed of finite parts, is multiple and divisible, all in order to conclude that this substance is finite.
It is thus that other reasoners, after imagining the line as a compound of points, manage to find a host of arguments to show that it cannot be divided to infinity. And in truth, it is no less absurd to suppose corporeal substance formed of bodies or parts than to compose body of surfaces, surfaces of lines, and finally lines of points. This must be admitted by everyone who knows that clear reason is infallible. What then if one adopts the opinion of those who deny a vacuum? Suppose, indeed, that corporeal substance can be divided in such a way that its parts are really distinct from one another; why could one of them not be annihilated while the others retained the same relation to one another as before? And why should these parts have to fit together so as to prevent a vacuum? Certainly, when two things are really distinct from one another, one can exist without the other and persist in the same state. Since, therefore, there is no vacuum in nature (as will be seen elsewhere), and all the parts must concur in such a way that no vacuum exists, it follows that these parts cannot be really distinguished, that is, that corporeal substance insofar as it is substance is indivisible.
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