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Baruch Spinoza

Éthique, traduction française d’Émile Saisset Section section-0094

Section 94 sur 300

Référence canonique section-0094

Français

Émile Saisset or Paul Janet

Scholie : Comment en est-il ainsi ? C’est ce que je vais expliquer en peu de mots. Nous avons vu plus haut ( Propos. 17, partie 2, et son Corollaire ) que l’âme imagine toujours les choses comme lui étant présentes, quoiqu’elles n’existent pas, à moins que certaines causes ne viennent à agir, qui excluent leur existence présente. Nous avons montré ; ensuite (Propos. 18, partie 2) que si le corps humain a été une fois affecté simultanément par deux corps extérieurs, aussitôt que l’âme vient à imaginer l’un d’entre eux, elle se souvient à l’instant de l’autre, c’est-à-dire les aperçoit tous deux comme lui étant présents, à moins que par l’action de certaines causes leur existence présente ne se trouve exclue. En outre, personne ne conteste que nous n’imaginions aussi le temps, par cela même que nous venons à imaginer que certains corps se meuvent plus lentement ou plus rapidement les uns que les autres ou avec une égale rapidité. Supposons maintenant qu’un enfant qui aurait vu hier, pour la première fois, le matin Pierre, à midi Paul et le soir Siméon, voie ce matin Pierre pour la seconde fois. Il résulte évidemment de la Propos. 18, partie 2, qu’aussitôt qu’il verra la lumière du matin, il imaginera aussitôt le soleil parcourant la même partie du ciel qu’il lui a vu parcourir la veille ; il imaginera donc le jour tout entier, et en même temps, avec le matin Pierre, avec l’heure du midi Paul, avec le soir Siméon ; en d’autres termes, il imaginera Paul et Siméon avec une relation au temps futur. Au contraire, si on suppose qu’il voie Siméon le soir, il rapportera Paul et Siméon au temps passé, les imaginant l’un et l’autre avec le temps passé d’une manière simultanée. Et tout cela se produira d’autant plus régulièrement que l’enfant dont nous parlons aura vu plus souvent ces trois personnes dans le même ordre. Que s’il arrive, un soir, qu’au lieu de voir Siméon, il voit Jacob, le lendemain matin il ne joindra plus à l’idée du soir la personne seule de Siméon, mais tantôt Siméon, tantôt Jacob, et non pas tous deux à la fois ; car, d’après l’hypothèse, il a vu le soir tantôt l’un, tantôt l’autre, et non pas tous deux à la fois. Voilà donc son imagination livrée à une sorte de fluctuation et joignant à l’idée du soir ou celui-ci ou celui-là, c’est-à-dire aucun d’eux d’une manière certaine, de façon qu’il les aperçoit l’un et l’autre comme des futurs contingents. Or, cette même fluctuation aura lieu de la même manière chaque fois que nous imaginerons cet ordre de choses que nous concevons également en relation avec le temps passé ou le temps présent ; et en conséquence toutes choses que nous rapportons aussi bien au présent qu’au passé et au futur, nous les imaginerons comme contingentes.

Anglais Traduction générée par IA, non officielle

Codex gpt-5.6-sol · Traduction de travail non officielle · 2026-09-11

Scholium: How is this so? I shall explain it briefly. We saw above (Proposition 17, Part 2, and its Corollary) that the mind always imagines things as present to it, although they do not exist, unless certain causes act which exclude their present existence. We then showed (Proposition 18, Part 2) that if the human body has once been affected simultaneously by two external bodies, as soon as the mind imagines one of them it immediately remembers the other, that is, perceives them both as present to it, unless the action of certain causes excludes their present existence. Moreover, no one disputes that we also imagine time from the very fact that we imagine certain bodies moving more slowly or more rapidly than others, or with equal speed. Now suppose that a child who yesterday saw, for the first time, Peter in the morning, Paul at noon, and Simeon in the evening, sees Peter this morning for the second time. It plainly follows from Proposition 18, Part 2, that as soon as he sees the morning light, he will immediately imagine the sun traversing the same part of the sky that he saw it traverse the day before. He will therefore imagine the whole day, and at the same time Peter with the morning, Paul with the noon hour, and Simeon with the evening; in other words, he will imagine Paul and Simeon in relation to future time. On the contrary, if we suppose that he sees Simeon in the evening, he will relate Paul and Simeon to past time, imagining both of them simultaneously with past time. All this will occur the more regularly, the more often the child of whom we speak has seen these three persons in the same order. But if it happens one evening that, instead of seeing Simeon, he sees Jacob, then on the following morning he will no longer join to the idea of evening the person of Simeon alone, but now Simeon and now Jacob, and not both at once; for by hypothesis he saw in the evening sometimes one and sometimes the other, and not both at once. His imagination will therefore be subject to a kind of fluctuation and will join to the idea of evening either one or the other, that is, neither of them with certainty, so that he perceives them both as contingent futures. Now this same fluctuation will occur in the same way whenever we imagine this order of things which we likewise conceive in relation to past or present time; and consequently we shall imagine as contingent all things that we relate to the present, the past, or the future.

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