Illustration éditoriale de Young Zaphod Plays It Safe, nouvelle de Douglas Adams

Illustration éditoriale

Young Zaphod Plays It Safe

Informations sur l’ouvrageRésumé, langues, provenance et téléchargement
Ce que vous allez apprendreLes fils directeurs à suivre pendant la lecture

Lire la nouvelle comme un récit autonome et repérer ce que l’inspection révèle progressivement sur le danger examiné.

En quelques mots (résumé court)L’argument, la structure et les limites du livre

Une courte aventure de Zaphod Beeblebrox, placée entre les quatrième et cinquième romans dans l’anthologie.

Cette nouvelle suit Zaphod Beeblebrox au cours d’une inspection dont les enjeux dépassent vite la routine annoncée. Elle appartient au même univers romanesque, mais sa brièveté et sa place dans le volume justifient une fiche propre.

Le fichier HTML la situe après Salut, et encore merci pour le poisson et avant Globalement inoffensive. Elle ne forme pas un sixième roman.

Synthèse IA en 4 pagesUne lecture complète, à feuilleter sans quitter la page
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Un plongeon sous le mot « sûr »

Un étrange appareil survole une mer magnifique en décrivant de grands arcs. Sur la plage, les habitants d’une île cherchent surtout à comprendre ce qu’ils voient. Ils constatent que l’objet ressemble fort peu à un homard, puis retournent à leur déjeuner. Quand l’appareil plonge brusquement dans l’eau, ils se rappellent qu’un événement semblable s’est déjà produit cette année-là. Leur calme et leur goût pour les homards prennent un autre sens à mesure que l’histoire dévoile ce qui repose sous la mer.

L’appareil appartient à la Beeblebrox Salvage and Really Wild Stuff Corporation. Il descend jusqu’à capter les faibles signaux d’un vaisseau écrasé sur le fond. Dans la cabine se trouvent Zaphod Beeblebrox et deux représentants de la Safety and Civil Reassurance Administration. L’un des fonctionnaires confirme l’identité de l’épave, bien qu’il ait auparavant garanti que ce vaisseau ne pouvait absolument pas s’écraser. Zaphod relève la contradiction. Ses interlocuteurs, eux, continuent de parler comme si une garantie pouvait effacer l’accident visible sur leurs écrans.

Zaphod veut savoir ce que transportait le vaisseau. Les fonctionnaires répondent qu’il s’agit de « sous-produits » issus de procédés parfaitement sûrs. Cette explication devient moins rassurante lorsque Zaphod rappelle la mission prévue : conduire la cargaison jusqu’au trou noir le plus proche pour l’y jeter. Le pilote aurait quitté sa route pour chercher des homards près de cette île. Zaphod imagine des matières assez dangereuses pour ravager tout un secteur et demande ce qu’on attend réellement de lui. Les fonctionnaires refusent de préciser la cargaison tout en insistant pour qu’il fasse son travail.

Le contraste entre les voix donne sa forme à cette première partie. Zaphod fanfaronne, s’emporte et peine même à retrouver le mot « scrupules », mais ses questions suivent les faits. Les représentants de la sécurité gardent leur sang-froid et répètent que le vaisseau ne peut pas se rompre, alors qu’il gît au fond de l’océan. Leur assurance produit l’effet inverse de celui qu’ils recherchent : chaque formule rassurante révèle une chose qu’ils ne veulent pas nommer.

Zaphod finit par donner l’ordre de descendre. La lumière disparaît, la pression augmente et des créatures surgissent brièvement dans les faisceaux du bâtiment de sauvetage. La plongée déplace ainsi le récit d’une anomalie presque comique vers un lieu où il faudra vérifier matériellement les promesses de sécurité. Le lecteur connaît déjà deux éléments que l’administration minimise : un transport destiné à être détruit a dévié pour un caprice alimentaire, et le vaisseau réputé invulnérable a coulé.

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L’épave, ses portes et son survivant

Au fond de la mer apparaît le Billion Year Bunker, vaste forteresse cylindrique dont les cales centrales ont reçu un blindage exceptionnel. Avant son départ, cette structure avait subi toutes sortes d’épreuves censées démontrer sa résistance. La partie ainsi protégée est pourtant rompue en deux. Un fonctionnaire précise aussitôt que les cales, même si le vaisseau s’est brisé, ne peuvent pas être ouvertes par l’accident. La scène impose une différence que ses paroles tentent d’effacer : tester une défense contre des agressions prévues ne garantit pas son comportement dans un naufrage réel.

Zaphod, les deux fonctionnaires et une combinaison vide utilisée pour porter le matériel et reconnaître le chemin sortent du bâtiment de sauvetage. Ils longent la coque endommagée, trouvent un sas qui s’ouvre difficilement et attendent que la pression intérieure soit rétablie. Derrière plusieurs portes de haute sécurité, ils pénètrent plus avant dans l’épave. Les dispositifs de protection restent assez actifs pour compliquer l’accès, tandis que la rupture du bâtiment est déjà manifeste. Cette coexistence nourrit la question centrale : qu’est-ce qui tient encore, et qu’est-ce qui a cédé ?

Une dernière porte donne sur une salle où Zaphod aperçoit un visage hurlant et un corps au sol. Pris de panique, il s’assied sur le cadavre, avec des conséquences répugnantes pour sa combinaison. Il essaie ensuite de s’évanouir ou de feindre une perte de mémoire, sans obtenir le répit espéré. La farce physique est violente, mais elle situe aussi la catastrophe : l’épave contient des morts, une atmosphère fétide et des restes que les formules administratives ne peuvent pas rendre inoffensifs.

Le visage appartient à un membre d’équipage vivant dans un réservoir de survie. Son récit donne à l’accident son origine dérisoire. Le pilote voulait prouver qu’on trouvait ici un homard exceptionnel, lié au pays de ses ancêtres. Son compagnon préférait les coquilles Saint-Jacques et lui proposait d’attendre le trajet du retour. Le pilote a tout de même conduit le vaisseau dans l’atmosphère, en affirmant pouvoir le maîtriser; il en a perdu le contrôle. Le survivant dit avoir envoyé un appel de détresse avant le choc et pense être le seul à s’être réfugié à temps dans un réservoir.

Après six mois passés dans cette cuve, le survivant comprend enfin qu’on l’a trouvé. Un fonctionnaire corrige sèchement son espoir d’être secouru : pour l’instant, seule la découverte est certaine. Il va consulter les circuits de surveillance du vaisseau et annonce que les chambres des tiges aoristes sont intactes. Pour Zaphod, cette précision confirme soudain qu’une cargaison redoutée se trouve bien à bord. Le récit du pilote explique pourquoi le vaisseau a sombré; il n’a encore rien résolu sur ce qui pourrait s’en échapper.

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Les cargaisons dangereuses et la sécurité officielle

Les tiges aoristes permettent d’extraire de l’énergie du passé. Une fois cette possibilité découverte, de vastes portions du passé ont été exploitées jusqu’à s’appauvrir. Les défenseurs de cette énergie la présentaient comme abondante, bon marché et propre. À ceux qui craignaient une perte pour le présent, on répondait que ses effets étaient négligeables, quitte à réserver quelques fragments de passé aux personnes disposées à en payer le coût. L’invention donne une portée littérale à une habitude familière : traiter ce dont on hérite comme une ressource que l’on peut épuiser ailleurs que chez soi.

Le raisonnement change quand les gens constatent que leur propre présent souffre de la même pratique exercée par les habitants du futur. La destruction des tiges et du secret de leur fabrication devient alors impérative. La prétendue sollicitude pour les grands-parents et les petits-enfants masque un intérêt plus immédiat : protéger le présent de ceux qui prennent la décision. Cette boucle temporelle est une satire précise de la façon dont une nuisance lointaine devient intolérable lorsqu’elle revient à son point de départ.

Les fonctionnaires assurent néanmoins que les chambres contenant ces tiges sont sûres. L’un d’eux ajoute qu’il y a pire à bord et espère même que ce pire se trouve toujours dans le vaisseau. Son collègue le reprend, mais le premier explique pourquoi l’administration a recruté Zaphod au lieu de mener une opération officielle. Si Zaphod raconte ce qu’il apprend, sa réputation d’aventurier extravagant rendra son témoignage peu crédible. Même le récit de cette manœuvre pourra passer pour de la paranoïa. La mission de sauvetage sert donc aussi à préserver le secret.

En avançant, le groupe passe devant des produits capables, en quantité infime, d’infecter mortellement une planète, de la faire exploser ou de l’irradier. Chaque fois, le fonctionnaire répète que les cales sont sûres. Zaphod répond par une remarque sur la chance de ne pas être une planète. Le comique repose sur une mesure du danger réduite à la solidité du conteneur : l’administration énumère des effets immenses sans accepter que ces effets comptent dans son évaluation.

Près de la cassure du Billion Year Bunker, le couloir est déformé et humide. Une porte de cale a perdu son étanchéité et s’ouvre d’un simple contact. La répétition du mot « sûr » se heurte enfin à une preuve qui concerne directement la cargaison. Pressé de dire quels « sous-produits » se trouvent là, le fonctionnaire envoie d’abord son collègue vérifier une capsule de sauvetage prévue pour l’équipage. Il admet ensuite que, selon lui, les autres armes seraient rarement utilisées : les personnes assez dangereuses pour s’en servir éveilleraient normalement la méfiance. La cargaison suivante met précisément cette confiance en cause.

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Les personnalités conçues et l’ordre final

La Sirius Cybernetics Corporation a reçu des fonds pour fabriquer des personnalités de synthèse sur commande. Ses créations associaient des traits qui, selon le fonctionnaire, ne coexisteraient pas chez des êtres naturels. La plupart étaient des êtres inadaptés et pitoyables; quelques-uns étaient profondément dangereux. Leur danger particulier tenait à la réaction des autres : ils ne déclenchaient pas les signaux d’alarme habituels. Ils pouvaient traverser des situations sans que personne reconnaisse ce qu’il fallait leur refuser.

Trois créations identiques étaient considérées comme les plus dangereuses. Le fonctionnaire les décrit comme simples, aimables, sans méchanceté intrinsèque. Il affirme pourtant qu’elles feraient tout ce qu’on leur permettrait et qu’on leur permettrait tout. Elles avaient été enfermées dans cette cale pour être projetées hors de l’univers avec le vaisseau. Le récit déplace ainsi la menace. Les armes précédentes possédaient une puissance mesurable; ces êtres agissent par l’écart entre l’impression qu’ils produisent et les limites que les autres seraient prêts à leur imposer.

Dans la cale, Zaphod distingue deux faibles lumières jaunes et l’emplacement d’une troisième, endommagée. Des traces humides et collantes marquent le sol. Son compagnon reçoit alors un message : la capsule de sauvetage a disparu. Il exige qu’on retrace son parcours. Zaphod ouvre une porte de verre dépoli et découvre un réservoir où flotte un homme à l’air bienveillant, souriant, les traits marqués par le rire. Ce visage donne une forme concrète à l’avertissement précédent : l’apparence rassurante fait partie du problème décrit par le fonctionnaire.

La destination vers laquelle la capsule s’est dirigée est identifiée : une planète du secteur galactique ZZ9 Plural Z Alpha. Dans le réservoir, l’homme parle doucement d’une cité brillante sur une colline. Le fonctionnaire ordonne alors que la planète soit rendue « parfaitement sûre ». Le récit s’arrête sur cet ordre. Il ne montre ni l’arrivée de la capsule, ni l’identité de son occupant, ni l’exécution de la mesure annoncée. La cale endommagée, la capsule absente et l’urgence de l’ordre rendent la menace intelligible sans en livrer les conséquences.

La dernière formule reprend celle qui a servi depuis le début à nier l’accident, à rassurer Zaphod et à décrire des armes planétaires. Elle n’a plus le son d’une garantie. Elle annonce une intervention dont le contenu reste caché, décidée par une institution qui a déjà confondu ses procédures avec la réalité. L’histoire tient ensemble un détour pour des homards, des protections qui cèdent et une personnalité charmante que nul ne saurait arrêter. Son inquiétude durable vient de cette question concrète : que vaut une sécurité fondée sur les dangers que ses gardiens savent reconnaître ?

Synthèse générée par GPT-5.6 à partir du texte normalisé de l’ouvrage. Elle aide à s’orienter et ne remplace pas la lecture ni la citation du texte.

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GPT-5.6 · IA non officielle, revue

Young Zaphod Plays It Safe section 1

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Traduction IA non officielle

Un grand engin volant filait au-dessus d’une mer d’une beauté stupéfiante. Depuis le milieu de la matinée, il allait et venait en décrivant des arcs de plus en plus larges, et finit par attirer l’attention des insulaires du coin, un peuple pacifique, amateur de fruits de mer, qui se rassembla sur la plage et plissa les yeux vers le soleil aveuglant pour essayer de voir ce que c’était.

Toute personne cultivée, avertie, ayant un peu bourlingué et vu du pays, aurait probablement remarqué à quel point l’engin ressemblait à un classeur de bureau : un grand classeur récemment cambriolé, couché sur le dos, les tiroirs en l’air, et qui volait.

Les insulaires, dont l’expérience était d’une autre nature, furent plutôt frappés de voir à quel point il ressemblait peu à un homard.

Ils bavardèrent avec animation de son absence totale de pinces, de son dos raide et inflexible, et du fait qu’il semblait éprouver les plus grandes difficultés à rester au sol. Ce dernier trait les amusait particulièrement. Ils sautillèrent longuement sur place pour montrer à cette chose stupide que, pour eux, rester au sol était ce qu’il y avait de plus facile au monde.

Mais ce divertissement ne tarda pas à les lasser. Après tout, puisqu’il était parfaitement clair à leurs yeux que la chose n’était pas un homard, et que leur monde avait la chance de regorger de choses qui étaient des homards (dont une bonne demi-douzaine remontait à présent la plage vers eux avec un air succulent), ils ne virent aucune raison de perdre davantage de temps avec elle et décidèrent plutôt de passer sans attendre à un déjeuner tardif de homards.

À cet instant précis, l’engin s’immobilisa brusquement en plein vol, se dressa à la verticale et piqua tête la première dans l’océan, soulevant dans un grand fracas une gerbe d’eau qui les fit fuir à grands cris dans les arbres.

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Traduction IA non officielle

Quand ils reparurent, nerveusement, quelques minutes plus tard, ils ne virent plus qu’un cercle d’eau lisse marqué de remous et quelques bulles qui crevaient à la surface.

C’est curieux, se dirent-ils entre deux bouchées du meilleur homard qu’on pût trouver dans toute la Galaxie occidentale, c’est la deuxième fois que ça arrive en un an.

L’engin qui n’était pas un homard plongea tout droit à soixante mètres de profondeur et resta suspendu dans le bleu dense, tandis que d’immenses masses d’eau oscillaient autour de lui. Très haut au-dessus, là où l’eau était d’une limpidité magique, un banc de poissons étincelants fila au loin. Plus bas, là où la lumière peinait à parvenir, la couleur de l’eau sombrait dans une teinte sombre et sauvage.

Ici, à soixante mètres, le soleil ne pénétrait que faiblement. Un grand mammifère marin à la peau soyeuse passa en roulant nonchalamment sur lui-même, examinant l’engin avec une sorte de demi-intérêt, comme s’il s’était à moitié attendu à trouver quelque chose de ce genre dans les environs, puis il remonta et s’éloigna vers la lumière ondoyante.

L’engin attendit une minute ou deux, le temps de prendre des mesures, puis descendit de trente mètres encore. À cette profondeur, l’obscurité devenait sérieuse. Après un instant, les lumières intérieures de l’engin s’éteignirent, et

pendant la seconde environ qui s’écoula avant que les grands faisceaux extérieurs ne jaillissent soudain, la seule lumière visible provenait d’une petite enseigne rose à l’éclat diffus, portant l’inscription : Société Beeblebrox de sauvetage et de trucs vraiment dingues.

Les énormes faisceaux s’orientèrent vers le bas et saisirent un vaste banc de poissons argentés qui vira dans une panique silencieuse.

Dans la pénombre de la salle de commande, qui s’étendait en un large arc à partir de la proue obtuse de l’engin, quatre têtes étaient penchées sur un écran d’ordinateur. Celui-ci analysait les signaux infimes et intermittents émanant des profondeurs du fond marin.

« C’est bien ça », dit enfin le propriétaire de l’une des têtes.

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« Nous pouvons en être tout à fait sûrs ? » demanda le propriétaire d’une autre tête.

« Sûrs à cent pour cent », répondit le propriétaire de la première.

« Tu es sûr à cent pour cent que le vaisseau écrasé au fond de cet océan est celui dont tu affirmais avec une certitude de cent pour cent qu’il ne pourrait à cent pour cent jamais s’écraser ? » demanda le propriétaire des deux têtes restantes. « Hé », ajouta-t-il en levant deux de ses mains, « je pose juste la question. »

Les deux fonctionnaires de l’Administration de la sécurité et de la réassurance civile lui lancèrent un regard glacial, mais l’homme au nombre de têtes impair, ou plutôt pair, ne le vit pas. Il se laissa tomber au fond du siège de pilotage, ouvrit deux bières, une pour lui et l’autre également pour lui, posa les pieds sur la console et lança « Salut, beauté » à travers l’ultraverre à un poisson qui passait.

« Monsieur Beeblebrox... », commença à voix basse le plus petit et le moins rassurant des deux fonctionnaires.

« Ouais ? » fit Zaphod en abattant une canette soudain vide sur quelques-uns des instruments les plus sensibles. « Vous êtes prêts à plonger ; allons-y. »

« Monsieur Beeblebrox, mettons une chose parfaitement au clair... »

« Ouais, faisons ça », dit Zaphod. « Pour commencer, que diriez-vous de me dire ce qu’il y a vraiment dans ce vaisseau ? »

« Nous vous l’avons dit, répondit le fonctionnaire. Des sous-produits. »

Zaphod échangea avec lui-même un regard las.

« Des sous-produits, répéta-t-il. Des sous-produits de quoi ? »

« De procédés », dit le fonctionnaire.

« Quels procédés ? »

« Des procédés parfaitement sûrs. »

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« Santa Zarquana Voostra ! » s’exclamèrent les deux têtes de Zaphod à l’unisson. « Si sûrs qu’il faut construire un foutu vaisseau forteresse pour transporter les sous-produits jusqu’au trou noir le plus proche et les y balancer ! Seulement il n’y arrive pas parce que le pilote fait un détour, c’est bien ça ?, pour aller chercher du homard... Bon, d’accord, le type est sympa, mais... Enfin, avouez, c’est l’heure d’aboyer, c’est le grand déjeuner, c’est l’étron qui approche de la masse critique, c’est... c’est... une panne totale de vocabulaire ! »

« La ferme ! » hurla sa tête droite à sa tête gauche. « On est en train de flanguer ! »

Il empoigna fermement la canette de bière restante pour se calmer.

« Écoutez, les gars, reprit-il après un moment de calme et de réflexion. » Les deux fonctionnaires n’avaient rien dit. Ils ne se sentaient pas capables de prendre part à une conversation de ce niveau. « Je veux juste savoir, insista Zaphod, dans quoi vous m’embarquez. »

Il pointa un doigt vers les relevés intermittents qui défilaient sur l’écran de l’ordinateur. Ils ne signifiaient rien pour lui, mais leur aspect ne lui plaisait pas du tout. C’étaient des tas de lignes tortillées, avec de longs nombres et tout un tas de trucs.

« Il est en train de se disloquer, c’est ça ? cria-t-il. Sa cale est pleine de barres aoristes à rayonnement epsilonique ou d’un autre truc qui va griller tout ce secteur spatial pour des zillions d’années en arrière, et il est en train de se disloquer. C’est ça, l’histoire ? C’est ça qu’on va découvrir en descendant ? Je vais ressortir de cette épave avec encore plus de têtes ? »

« Il ne peut absolument pas s’agir d’une épave, monsieur Beeblebrox, insista le fonctionnaire. La sécurité du vaisseau est garantie. Il ne peut absolument pas se disloquer. »

« Alors pourquoi tenez-vous tant à aller y jeter un œil ? »

« Nous aimons examiner les choses parfaitement sûres. »

« Freeeooow ! »

« Monsieur Beeblebrox, dit patiemment le fonctionnaire, puis-je vous rappeler que vous avez un travail à faire ? »

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« Ouais, ben, peut-être que je n’ai plus tellement envie de le faire, tout d’un coup. Vous me prenez pour quelqu’un qui n’a absolument aucun de ces trucs moraux, comment ça s’appelle déjà, ces machins moraux ? »

« Des scrupules ? »

« Des scrupules, merci. Vous croyez que je n’en ai pas le moindre ? Eh bien ? »

Les deux fonctionnaires attendirent calmement. Ils toussotèrent légèrement pour faire passer le temps.

Zaphod poussa un soupir du genre « où va le monde ? » pour se dégager de toute responsabilité, puis pivota sur son siège.

« Vaisseau ? » appela-t-il.

« Ouais ? » répondit le vaisseau.

« Fais comme moi. »

Le vaisseau y réfléchit quelques millisecondes. Puis, après avoir vérifié deux fois tous les joints de ses robustes cloisons étanches, il se mit à descendre lentement, inexorablement, dans l’éclat diffus de ses lumières, vers les plus grandes profondeurs.

Cent cinquante mètres.

Trois cents.

Six cents.

Ici, sous une pression de près de soixante-dix atmosphères, dans les profondeurs glaciales où aucune lumière ne parvient, la nature garde ses imaginations les plus fiévreuses. Deux cauchemars d’une soixantaine de centimètres de long surgirent brusquement dans la lumière crue qui blanchissait tout, bâillèrent et disparurent de nouveau dans le noir.

Sept cent cinquante mètres.

Aux limites indistinctes de la lumière du vaisseau, de coupables secrets passaient furtivement, les yeux au bout de leurs tiges.

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Peu à peu, les reliefs du fond marin, encore lointain, se dessinèrent avec une netteté croissante sur les écrans de l’ordinateur, jusqu’à ce qu’on puisse enfin distinguer une forme bien séparée de ce qui l’entourait. Elle ressemblait à une énorme forteresse cylindrique de guingois, qui s’élargissait brusquement à mi-longueur pour loger l’épais ultrablindage dont étaient revêtues les cales de stockage essentielles. Ses constructeurs pensaient avoir ainsi fait de ce vaisseau spatial le plus sûr et le plus imprenable jamais construit. Avant le lancement, la structure de cette section avait été battue, éperonnée, bombardée et soumise à tous les assauts auxquels ses constructeurs savaient qu’elle pourrait résister, afin de démontrer qu’elle y résistait.

Le silence tendu du poste de pilotage se fit sensiblement plus pesant lorsqu’il devint évident que c’était précisément cette section qui s’était assez nettement brisée en deux.

« En fait, elle est parfaitement sûre, dit l’un des fonctionnaires. Elle est conçue de telle sorte que, même si le vaisseau se disloque, les cales de stockage ne peuvent absolument pas être éventrées. »

Mille cent soixante-six mètres.

Quatre combinaisons intelligentes Hi-Presh-A sortirent lentement de l’écoutille ouverte de l’engin de sauvetage et avancèrent à travers le barrage de ses lumières vers la forme monstrueuse qui se dressait, sombre, dans la nuit sous-marine. Elles se déplaçaient avec une sorte de grâce maladroite, presque en apesanteur malgré le poids de tout un monde d’eau qui pesait sur elles.

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De sa tête droite, Zaphod scruta les immensités noires au-dessus de lui et, pendant un instant, un rugissement muet d’horreur retentit dans son esprit. Il jeta un coup d’œil à gauche et fut soulagé de voir que son autre tête suivait tranquillement la retransmission d’Ultra-Cricket brockien sur l’écran vidéo de son casque. Un peu derrière lui, sur sa gauche, marchaient les deux fonctionnaires de l’Administration de la sécurité et de la réassurance civile ; un peu devant lui, sur sa droite, avançait la combinaison vide, qui portait leurs instruments et leur ouvrait la voie.

Ils longèrent l’immense brèche qui fendait le dos brisé du vaisseau spatial Bunker d’un milliard d’années et dirigèrent leurs lampes torches à l’intérieur. Des machines broyées se dressaient entre des cloisons arrachées et tordues, épaisses de soixante centimètres. Une famille de grandes anguilles transparentes y vivait désormais et semblait s’y plaire.

La combinaison vide les précéda le long de la gigantesque coque obscure du vaisseau en essayant les sas. Le troisième qu’elle essaya s’ouvrit en grinçant péniblement. Ils s’y entassèrent et attendirent de longues minutes pendant que les pompes luttaient contre la pression effroyable exercée par l’océan et la remplaçaient peu à peu par une pression d’air et de gaz inertes tout aussi effroyable. Enfin, la porte intérieure coulissa et ils pénétrèrent dans une antichambre sombre du vaisseau spatial Bunker d’un milliard d’années.

Ils durent franchir encore plusieurs portes Titan-O-Hold à haute sécurité, que les fonctionnaires ouvrirent à l’aide d’un assortiment de clés à quarks. Bientôt, ils furent si profondément enfouis dans les puissants champs de sécurité que les retransmissions d’Ultra-Cricket commencèrent à faiblir. Zaphod dut passer sur l’une des chaînes de vidéos rock, puisqu’il n’existait aucun endroit qu’elles ne puissent atteindre.

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Une dernière porte coulissa et ils débouchèrent dans une vaste salle sépulcrale. Zaphod dirigea sa lampe torche vers le mur opposé et son faisceau tomba de plein fouet sur un visage aux yeux exorbités qui hurlait.

Zaphod poussa lui-même un cri à la quinte diminuée, lâcha sa lampe et s’assit lourdement par terre, ou plutôt sur un corps qui gisait là depuis environ six mois sans avoir été dérangé et qui réagit à cette intrusion en explosant avec une grande violence. Zaphod se demanda que faire de tout cela et, après un débat intérieur bref mais agité, décida que le mieux serait de s’évanouir.

Il reprit connaissance quelques minutes plus tard et fit semblant de ne savoir ni qui il était, ni où il se trouvait, ni comment il était arrivé là, mais ne réussit à convaincre personne. Il prétendit ensuite que sa mémoire lui revenait soudain d’un seul coup et que le choc le faisait s’évanouir de nouveau. Mais la combinaison vide, pour laquelle il commençait à éprouver une sérieuse antipathie, l’aida malgré lui à se relever et le força à regarder les choses en face :

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Les lieux étaient éclairés faiblement et par intermittence, et déplaisants à plusieurs égards. Le plus évident était la disposition colorée, sur le sol, les murs et le plafond, des morceaux du regretté officier de navigation du vaisseau, et tout particulièrement sur la moitié inférieure de sa combinaison à lui, Zaphod. L’effet était si extraordinairement répugnant que nous n’y reviendrons plus à aucun moment de ce récit, si ce n’est pour noter brièvement qu’il fit vomir Zaphod dans sa combinaison. Il l’enleva donc et l’échangea, après les modifications nécessaires au niveau des casques, contre la combinaison vide. Malheureusement, la puanteur de l’air fétide du vaisseau, puis la vue de son ancienne combinaison qui se promenait tranquillement, drapée d’intestins en décomposition, suffirent à le faire vomir également dans la seconde combinaison. C’était un problème avec lequel lui et la combinaison devraient tout simplement vivre.

Voilà. C’est fini. Plus de choses répugnantes.

Du moins, plus de choses répugnantes de cette sorte-là.

Le propriétaire du visage hurlant s’était maintenant un peu calmé et bredouillait de façon incohérente dans une grande cuve de liquide jaune :

une cuve de suspension d’urgence.

« C’était de la folie, bredouillait-il, de la folie ! Je lui ai dit qu’on pourrait toujours goûter le homard au retour, mais il était fou. Obsédé ! Ça vous arrive, à vous, d’être comme ça à propos du homard ? Parce que moi, non. Je trouve que c’est caoutchouteux, compliqué à manger, et que ça n’a pas tant de goût que ça, enfin, vous ne trouvez pas ? Je préfère infiniment les coquilles Saint-Jacques, et je le lui ai dit. Oh, Zarquon, je le lui ai dit ! »

Zaphod fixa cette apparition extraordinaire qui gesticulait dans sa cuve. L’homme était relié à toutes sortes de tubes de maintien en vie, et sa voix jaillissait de haut-parleurs dont les échos déments parcouraient le vaisseau avant de revenir, obsédants, du fond des couloirs lointains.

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« C’est là que j’ai fait une erreur, hurla le fou. J’ai vraiment dit que je préférais les coquilles Saint-Jacques, et il a répondu que c’était parce que je n’avais jamais mangé de vrai homard comme celui qu’on trouvait là d’où venaient ses ancêtres, c’est-à-dire ici, et qu’il allait me le prouver. Il a dit que ça ne posait aucun problème, il a dit que le homard d’ici valait à lui seul tout un voyage, alors pensez donc pour le petit détour nécessaire pour venir, et il a juré qu’il saurait piloter le vaisseau dans l’atmosphère, mais c’était de la folie, de la folie ! » cria-t-il avant de s’interrompre, les yeux roulant dans leurs orbites, comme si le mot avait fait résonner quelque chose dans sa tête. « Le vaisseau est devenu complètement incontrôlable ! Je n’arrivais pas à croire ce que nous étions en train de faire, et tout ça pour prouver quelque chose au sujet du homard, qui est vraiment très surfait comme aliment. Désolé de parler autant des homards, je vais essayer d’arrêter dans une minute, mais je n’ai pratiquement pensé qu’à eux pendant tous ces mois passés dans cette cuve. Vous imaginez ce que c’est que de rester coincé pendant des mois dans un vaisseau avec les mêmes types, à manger de la malbouffe, quand l’un d’eux ne parle que de homard, puis de flotter tout seul pendant six mois dans une cuve à y penser ? Je vous promets que je vais essayer de me taire au sujet des homards, vraiment. Homards, homards, homards, ça suffit ! Je crois que je suis le seul survivant. Je suis le seul à avoir réussi à atteindre une cuve d’urgence avant notre chute. J’ai lancé l’appel de détresse, puis nous nous sommes écrasés. C’est une catastrophe, pas vrai ? Une catastrophe totale, et tout ça parce que ce type aimait les homards. Est-ce que ce que je dis a le moindre sens ? J’ai vraiment du mal à le savoir. »

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Il les regarda d’un air suppliant, et son esprit sembla redescendre lentement sur terre, comme une feuille qui tombe. Il cligna des yeux et les observa d’un drôle d’air, comme un singe qui examine un poisson inconnu. De ses doigts tout ridés, il gratta curieusement la paroi de verre de la cuve. De minuscules bulles jaunes et épaisses se détachèrent de sa bouche et de son nez, restèrent un instant prises dans sa touffe de cheveux, puis continuèrent à monter en dérivant.

« Oh, Zarquon, oh, ciel, marmonna-t-il pitoyablement pour lui-même. On m’a trouvé. On m’a sauvé... »

« Eh bien, dit vivement l’un des fonctionnaires, on vous a trouvé, en tout cas. » Il se dirigea à grands pas vers l’ensemble des ordinateurs principaux, au milieu de la salle, et se mit à parcourir rapidement les circuits de surveillance du vaisseau à la recherche de rapports de dégâts.

« Les chambres des barres aoristes sont intactes », dit-il.

« Sacrées crottes de dingo, gronda Zaphod, il y a des barres aoristes à bord... ! »

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Les barres aoristes étaient des dispositifs employés dans un mode de production d’énergie aujourd’hui heureusement abandonné. À une époque où la chasse à de nouvelles sources d’énergie était devenue particulièrement effrénée, un jeune homme brillant remarqua soudain qu’il existait un endroit qui n’avait jamais épuisé toute l’énergie dont il disposait : le passé. Et, dans la soudaine montée de sang à la tête que provoquent souvent de telles idées, il inventa le soir même un moyen de l’exploiter. Moins d’un an plus tard, de vastes pans du passé étaient vidés de toute leur énergie et dépérissaient tout simplement. Ceux qui soutenaient qu’il fallait laisser le passé intact furent accusés de se livrer à une forme de sentimentalisme extrêmement coûteuse. Le passé fournissait une énergie très bon marché, abondante et propre. On pourrait toujours créer quelques réserves naturelles de passé si quelqu’un voulait payer leur entretien. Quant à l’idée que vider le passé appauvrissait le présent, eh bien, peut-être était-ce un peu vrai, mais les effets étaient impossibles à mesurer et il fallait vraiment garder le sens des proportions.

Ce n’est que lorsqu’on s’aperçut que le présent s’appauvrissait bel et bien, parce que ces salauds d’égoïstes pillards et gaspilleurs du futur faisaient exactement la même chose, que tout le monde comprit qu’il fallait détruire absolument et pour toujours chaque barre aoriste, ainsi que le terrible secret de sa fabrication. Ils prétendirent agir pour leurs grands-parents et leurs petits-enfants, mais c’était bien sûr pour les petits-enfants de leurs grands-parents et les grands-parents de leurs petits-enfants.

Le fonctionnaire de l’Administration de la sécurité et de la réassurance civile haussa les épaules avec dédain.

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« Elles sont parfaitement sûres », dit-il. Il leva les yeux vers Zaphod et ajouta soudain avec une franchise inhabituelle : « Il y a pire que ça à bord. Du moins, ajouta-t-il en tapotant l’un des écrans d’ordinateur, j’espère que c’est à bord. »

L’autre fonctionnaire se retourna vivement vers lui.

« Mais qu’est-ce que tu racontes, bon sang ? » lança-t-il.

Le premier haussa de nouveau les épaules. « Ça n’a aucune importance, dit-il. Il peut raconter ce qu’il veut. Personne ne le croira. C’est pour ça qu’on a choisi de faire appel à lui plutôt que de passer par les voies officielles, non ? Plus son histoire sera extravagante, plus on aura l’impression qu’il l’a inventée, comme n’importe quel aventurier hippie. Il peut même raconter que nous avons dit ça, et il passera pour un paranoïaque. » Il adressa un sourire aimable à Zaphod, qui bouillonnait dans sa combinaison répugnante. « Vous pouvez nous accompagner, lui dit-il, si vous le souhaitez. »

« Vous voyez ? » dit le fonctionnaire en examinant les joints extérieurs en ultratitane de la cale des barres aoristes. « Parfaitement bien fermée, parfaitement sûre. »

Il répéta la même chose devant des cales contenant des armes chimiques si puissantes qu’une cuillerée à café aurait pu infecter mortellement toute une planète.

Il répéta la même chose devant des cales contenant des composés zêta-actifs si puissants qu’une cuillerée à café aurait pu faire exploser toute une planète.

Il répéta la même chose devant des cales contenant des composés thêta-actifs si puissants qu’une cuillerée à café aurait pu irradier toute une planète.

« Je suis content de ne pas être une planète », marmonna Zaphod.

« Vous n’auriez rien à craindre, lui assura le fonctionnaire de l’Administration de la sécurité et de la réassurance civile. Les planètes sont parfaitement sûres. À condition que... » ajouta-t-il avant de s’interrompre. Ils approchaient de la cale la plus proche de l’endroit où l’arrière du vaisseau spatial Billion Year Bunker s’était brisé. Le couloir était ici tordu et déformé, et le sol humide et collant par endroits.

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« Hum, fit-il. Hum, vraiment très hum. »

« Qu’est-ce qu’il y a dans cette cale ? » exigea Zaphod.

« Des sous-produits », répondit le fonctionnaire, redevenu muet comme une carpe.

« Des sous-produits..., insista doucement Zaphod, de quoi ? »

Aucun des deux fonctionnaires ne répondit. Ils examinèrent plutôt avec grand soin la porte de la cale et virent que ses joints avaient été disjoints par les forces qui avaient déformé tout le couloir. L’un d’eux effleura la porte. Elle s’ouvrit sous sa main. À l’intérieur régnait l’obscurité, à l’exception de deux faibles lumières jaunes, tout au fond.

« De quoi ? » siffla Zaphod.

Le fonctionnaire qui les précédait se tourna vers l’autre.

« Il y a une capsule de sauvetage, dit-il, que l’équipage devait utiliser pour abandonner le vaisseau avant de le larguer dans le trou noir. Je pense qu’il serait bon de vérifier qu’elle est toujours là. » L’autre fonctionnaire acquiesça et partit sans un mot.

Le premier fit discrètement signe à Zaphod d’entrer. Les grandes lumières jaunes, assez faibles, brillaient à environ six mètres d’eux.

« La raison, dit-il à voix basse, pour laquelle tout le reste de ce vaisseau est, j’y tiens, sans danger, c’est que personne n’est assez fou pour s’en servir. Personne. Du moins, aucun fou de ce calibre ne pourrait jamais s’en approcher. Quelqu’un d’aussi fou ou d’aussi dangereux déclenche immédiatement de très fortes alarmes. Les gens sont peut-être stupides, mais pas à ce point. »

« Des sous-produits, siffla de nouveau Zaphod, obligé de parler ainsi pour que sa voix ne trahisse pas son tremblement, de quoi ? »

« Euh, de personnes sur mesure. »

« Quoi ? »

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« La Sirius Cybernetics Corporation a reçu une énorme subvention de recherche pour concevoir et produire sur commande des personnalités synthétiques. Les résultats ont été désastreux dans tous les cas. Tous les “gens” et toutes les “personnalités” obtenus étaient des assemblages de traits qui ne pouvaient tout simplement pas coexister chez des êtres vivants apparus naturellement. La plupart n’étaient que de pauvres inadaptés pitoyables, mais certains étaient profondément, profondément dangereux. Dangereux parce qu’ils ne déclenchaient aucune alarme chez les autres. Ils traversaient les situations comme les fantômes traversent les murs, parce que personne ne décelait le danger.

« Les plus dangereux de tous étaient trois individus identiques. On les a placés dans cette cale pour les projeter violemment, avec ce vaisseau, hors de cet univers. Ils ne sont pas méchants ; en fait, ils sont plutôt simples et charmants. Mais ce sont les créatures les plus dangereuses qui aient jamais vécu, parce qu’il n’y a rien qu’ils ne fassent si on les y autorise, et rien qu’on ne les autorise à faire... »

Zaphod regarda les faibles lumières jaunes, les deux faibles lumières jaunes. À mesure que ses yeux s’habituaient à la pénombre, il vit qu’elles encadraient un troisième espace où quelque chose était brisé. Des plaques humides et collantes luisaient faiblement sur le sol.

Zaphod et le fonctionnaire avancèrent prudemment vers les lumières. À cet instant, quatre mots de l’autre fonctionnaire éclatèrent dans leurs écouteurs de casque.

« La capsule a disparu », dit-il sèchement.

« Repère-la, lança le compagnon de Zaphod. Trouve exactement où elle est allée. Il faut que nous sachions où elle est allée ! »

Zaphod fit coulisser une grande porte en verre dépoli. Derrière se trouvait une cuve pleine d’un épais liquide jaune, dans lequel flottait un homme au visage bienveillant, marqué de nombreuses rides autour des yeux et de la bouche. Il semblait flotter là tout à son aise et sourire pour lui-même.

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Un autre message laconique lui parvint soudain dans les écouteurs de son casque. La planète vers laquelle s’était dirigée la capsule de sauvetage avait déjà été identifiée. Elle se trouvait dans le secteur galactique ZZ9Plural Z Alpha.

L’homme à l’air bienveillant dans la cuve semblait marmonner doucement pour lui-même, tout comme le copilote dans la sienne. De petites bulles jaunes perlaient sur ses lèvres. Zaphod trouva un petit haut-parleur près de la cuve et l’alluma. Il entendit l’homme divaguer doucement à propos d’une cité resplendissante sur une colline.

Il entendit aussi le fonctionnaire de l’Administration de la sécurité et de la réassurance civile ordonner que la planète située dans ZZ9Plural Z Alpha soit rendue « parfaitement sûre ».

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