Domaine public
L’ouvrage et les traductions affichées sont signalées comme appartenant au domaine public ou issues d’une transcription ouverte.
Baruch Spinoza
Éthique, traduction française d’Émile Saisset Section section-0116
Section 116 sur 300
Référence canonique section-0116
Français
Émile Saisset or Paul Janet
Certes, j’accorderai volontiers que les choses humaines en iraient bien mieux, s’il était également au pouvoir de l’homme et de se taire et de parler ; mais l’expérience est là pour nous enseigner, malheureusement trop bien, qu’il n’y a rien que l’homme gouverne moins que sa langue, et que la chose dont il est le moins capable, c’est de modérer ses appétits ; d’où il arrive que la plupart se persuadent que nous ne sommes libres qu’à l’égard des choses que nous désirons faiblement, par la raison que l’appétit qui nous porte vers ces choses peut aisément être comprimé par le souvenir d’un autre objet que notre mémoire nous rappelle fréquemment ; et ils croient au contraire que nous ne sommes point libres à l’égard des choses que nous désirons avec force et que le souvenir d’un autre objet ne peut nous faire cesser d’aimer. Mais il est indubitable que rien n’empêcherait ces personnes de croire que nos actions sont toujours libres, si elles ne savaient pas par expérience qu’il nous arrive souvent de faire telle action dont nous nous repentons ensuite, et souvent aussi, quand nous sommes agités par des passions contraires, de voir le meilleur et de faire le pire. C’est ainsi que l’enfant s’imagine qu’il désire librement le lait qui le nourrit ; s’il s’irrite, il se croit libre de chercher la vengeance ; s’il a peur, libre de s’enfuir. C’est encore ainsi que l’homme ivre est persuadé qu’il prononce en pleine liberté d’esprit ces mêmes paroles qu’il voudrait bien retirer ensuite, quand il est redevenu lui-même ; que l’homme en délire, le bavard, l’enfant et autres personnes de cette espèce sont convaincues qu’elles parlent d’après une libre décision de leur âme, tandis qu’il est certain qu’elles ne peuvent contenir l’élan de leur parole. Ainsi donc, l’expérience et la raison sont d’accord pour établir que les hommes ne se croient libres qu’à cause qu’ils ont conscience de leurs actions et ne l’ont pas des causes qui les déterminent, et que les décisions de l’âme ne sont rien autre chose que ses appétits, lesquels varient par suite des dispositions variables du corps. Chacun, en effet, se conduit en toutes choses suivant la passion dont il est affecté : ceux qui sont livrés au conflit de plusieurs passions contraires ne savent trop ce qu’ils veulent ; et enfin, si nous ne sommes agités d’aucune passion, la moindre impulsion nous pousse çà et là en des directions diverses. Or, il résulte clairement de tous ces faits que la décision de l’âme et l’appétit ou détermination du corps sont choses naturellement simultanées, ou, pour mieux dire, sont une seule et même chose, que nous appelons décision quand nous la considérons sous le point de vue de la pensée et l’expliquons par cet attribut, et détermination quand nous la considérons sous le point de vue de l’étendue et l’expliquons par les lois du mouvement et du repos ; mais tout cela deviendra plus clair encore par la suite de ce traité. Ce que je veux surtout qu’on remarque ici avec une attention particulière, c’est que nous ne pouvons rien faire par la décision de l’âme qu’à l’aide de la mémoire. Par exemple, nous ne pouvons prononcer une parole qu’à condition de nous en souvenir. Or, il ne dépend évidemment pas du libre pouvoir de l’âme de se souvenir d’une chose ou de l’oublier. Aussi pense-t-on que cela seulement est au pouvoir de notre âme, savoir, de nous taire ou de parler à volonté sur une chose que la mémoire nous rappelle. Mais, en vérité, quand nous rêvons que nous parlons, ne croyons-nous pas que nous prononçons certaines paroles en vertu d’une libre décision de l’âme ? et cependant nous ne parlons effectivement pas ; ou, si nous parlons, c’est par un mouvement spontané de notre corps. Nous rêvons aussi quelquefois que nous tenons certaines choses cachées en vertu d’une décision semblable à celle qui nous fait taire ces choses durant la veille. Enfin nous croyons en songe faire librement des actions qu’éveillés nous n’oserions pas accomplir ; et puisqu’il en est ainsi, je voudrais bien savoir s’il faut admettre dans l’âme deux espèces de décisions, savoir, les décisions fantastiques et les décisions libres. Que si on ne veut pas extravaguer à ce point, il faut nécessairement accorder que cette décision de l’âme que nous croyons libre n’est véritablement pas distinguée de l’imagination ou de la mémoire, qu’elle n’est au fond que l’affirmation que toute idée, en tant qu’idée, enveloppe nécessairement (voir la Propos. 49, partie 2). Par conséquent, ces décisions de l’âme naissent en elle avec la même nécessité que les idées des choses qui existent actuellement. Et tout ce que je puis dire à ceux qui croient qu’ils peuvent parler, se taire, en un mot, agir, en vertu d’une libre décision de l’âme, c’est qu’ils rêvent les yeux ouverts.
Anglais Traduction générée par IA, non officielle
Codex gpt-5.6-sol · Traduction de travail non officielle · 2026-09-11
Certainly, I shall readily grant that human affairs would go much better if it were equally in man's power both to be silent and to speak; but experience is there to teach us, unfortunately all too well, that there is nothing man governs less than his tongue, and nothing of which he is less capable than moderating his appetites. Hence most people persuade themselves that we are free only with respect to things we desire weakly, because the appetite that draws us toward these things can easily be restrained by the memory of another object frequently recalled to us; and they believe, on the contrary, that we are not free with respect to things we desire strongly and which the memory of another object cannot make us cease to love. But there is no doubt that nothing would prevent these people from believing that our actions are always free, if they did not know from experience that we often perform an action of which we afterward repent, and often also, when agitated by contrary passions, see the better and do the worse. Thus the child imagines that he freely desires the milk that nourishes him; if he becomes angry, he believes himself free to seek revenge; if he is afraid, free to flee. Thus also the drunken man is persuaded that in complete freedom of mind he utters those same words he would gladly withdraw afterward, when he has become himself again; the delirious man, the chatterer, the child, and other persons of this kind are convinced that they speak from a free decision of their mind, whereas it is certain that they cannot restrain the impulse to speak. Thus experience and reason agree in establishing that men believe themselves free only because they are conscious of their actions and not of the causes that determine them, and that the decisions of the mind are nothing other than its appetites, which vary as a result of the body's varying dispositions. For each person conducts himself in all things according to the passion by which he is affected; those who are given over to a conflict of several contrary passions hardly know what they want; and finally, if we are agitated by no passion, the slightest impulse drives us here and there in different directions. Now, from all these facts it clearly follows that the decision of the mind and the appetite or determination of the body are things naturally simultaneous, or, rather, are one and the same thing, which we call decision when we consider it from the standpoint of thought and explain it through that attribute, and determination when we consider it from the standpoint of extension and explain it through the laws of motion and rest; but all this will become still clearer in the remainder of this treatise. What I especially wish to be noted here with particular attention is that we can do nothing by a decision of the mind except with the aid of memory. For example, we cannot pronounce a word unless we remember it. Now, it plainly does not depend upon the mind's free power to remember or forget a thing. Thus it is thought that only this lies within our mind's power, namely, to remain silent or speak at will about a thing recalled to us by memory. But, in truth, when we dream that we are speaking, do we not believe that we utter certain words by a free decision of the mind? And yet we do not actually speak; or, if we speak, it is through a spontaneous motion of our body. We also sometimes dream that we keep certain things hidden by a decision like that by which we remain silent about those things while awake. Finally, in dreams we believe that we freely perform actions we would not dare accomplish while awake; and since this is so, I should very much like to know whether two kinds of decisions must be admitted in the mind, namely, fantastic decisions and free decisions. If one does not wish to rave to that extent, it must necessarily be granted that this decision of the mind which we believe free is truly not distinguished from imagination or memory, and that it is at bottom only the affirmation that every idea, insofar as it is an idea, necessarily involves (see Prop. 49, Part 2). Consequently, these decisions of the mind arise in it with the same necessity as the ideas of things that actually exist. And all I can say to those who believe that they can speak, remain silent, in a word, act, by virtue of a free decision of the mind, is that they dream with their eyes open.
Concepts de ce passage
Idée adéquate
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Affects
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Colère
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Attribut
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Soin de l’âme
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Conatus
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Désir
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Foi
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Famille
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Crainte
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Liberté
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Impressions et assentiment
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Amour intellectuel de Dieu
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Connaissance
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Loi
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Amour
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Mémoire
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Messie
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Attention
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Mode
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Nature
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Nécessité
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Enquête perspectiviste
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Puissance d’agir
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Raison
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Conversion
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Ressentiment
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Rôles et relations
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Salut
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Péché
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Esprit
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Substance
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Souffrance
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Vérité
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque
Vertu
Voir la fiche détaillée
Filtrer la bibliothèque