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John Locke

An Essay Concerning Human Understanding Section S63

Section 408 of 1,114

Canonical reference B2.C21.S63

English

Project Gutenberg transcription of Locke author text

But, to account more particularly for the misery that men often bring on themselves, notwithstanding that they do all in earnest pursue happiness, we must consider how things come to be represented to our desires under deceitful appearances: and that is by the judgment pronouncing wrongly concerning them. To see how far this reaches, and what are the causes of wrong judgment, we must remember that things are judged good or bad in a double sense: - First, THAT WHICH IS PROPERLY GOOD OR BAD, IS NOTHING BUT BARELY PLEASURE OR PAIN.

Secondly, But because not only present pleasure and pain, but that also which is apt by its efficacy or consequences to bring it upon us at a distance, is a proper object of our desires, and apt to move a creature that has foresight; therefore THINGS ALSO THAT DRAW AFTER THEM PLEASURE AND PAIN, ARE CONSIDERED AS GOOD AND EVIL.

French

Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition

Prémiérement donc, pour ce qui eſt du Plaiſir & de la Douleur que nous ſentons actuellement, l’Ame ne ſe méprend jamais dans le jugement qu’elle fait du Bien ou du Mal réel, comme * nous avons déjà dit ; car ce qui eſt le plus grand plaiſir, ou la plus grande douleur, eſt juſtement tel qu’il paroît. Mais quoi que la différence & les degrez du Plaiſir préſent & de la Douleur préſente ſoient ſi viſibles qu’on ne puiſſe s’y méprendre, cependant lorſque nous comparons ce Plaiſir ou cette Douleur avec un Plaiſir ou une Douleur à venir, (& c’eſt pour l’ordinaire ſur cela que roulent les plus importantes déterminations de la Volonté) nous faiſons ſouvent de faux Jugemens, en ce que nous meſurons ces deux ſortes de plaiſirs & de douleurs par la différente diſtance où elles ſe trouvent à notre égard. Comme les Objets qui ſont près de nous, paſſent aiſément pour être plus grands que d’autres d’une plus vaſte circonférence qui ſont plus éloignez, de même à l’égard des Biens & des Maux, le préſent prend ordinairement le deſſus ; & dans la comparaiſon ceux qui ſont éloignez, ont toûjours du desavantage. Ainſi la plûpart des Hommes, ſemblables à des héritiers prodigues, ſont portez à croire qu’un petit Bien préſent eſt préferable à de grands Biens à venir ; de ſorte que la poſſeſſion préſente de peu de choſe ils renoncent à un grand héritage qui ne pourroit leur manquer. Or, que ce ſoit là un faux Jugement, chacun doit le reconnoître, en quoi que ce ſoit qu’il faſſe conſiſter ſon plaiſir, parce que ce qui eſt à venir, doit certainement devenir préſent un jour ; & alors ayant le même avantage de proximité, il ſe fera voir dans ſa juſte grandeur & mettra en jour la prévention déraiſonnable de celui qui a jugé de ſon prix par des meſures inégales. Si dans le même moment qu’un homme prend un verre en main, () le plaiſir qu’il trouve à boire étoit accompagné de cette douleur de tête & de ces maux d’eſtomac qui ne manquent pas d’arriver à certaines gens, peu d’heures après qu’ils ont trop bû, je ne croi pas que jamais perſonne voulût à ces conditions goûter du vin du bout des lèvres, quelque plaiſir qu’il prît à en boire ; & cependant, ce même homme ſe remplit tous les jours cette dangereuſe liqueur, uniquement déterminé à choiſir le plus mauvais par la ſeule illuſion que lui fait une petite différence de temps. Mais ſi le Plaiſir ou la Douleur diminuë ſi fort par le ſeul éloignement de peu d’heures, à combien plus forte raiſon une plus grande diſtance produira-t-elle le même effet dans l’Eſprit d’un homme qui ne fait point, par un juſte examen de la choſe même, ce que le temps l’obligera de faire en la lui mettant actuellement devant les yeux, c’eſt-à-dire qui ne la conſidére pas comme préſente pour en connoître au juſte les véritables dimenſions ? C’eſt ainſi que nous nous trompons ordinairement nous-mêmes par rapport au Plaiſir & à la Douleur conſidérez en eux-mêmes, ou par rapport aux véritables dégrez de Bonheur ou de Miſére que les choſes ſont capables de produire. Car ce qui eſt à venir perdant la juſte proportion à notre égard, nous préferons le préſent comme plus conſiderable. Je ne parle point ici de ce faux Jugement par lequel ce qui eſt abſent n’eſt pas ſeulement diminué, mais tout-à-fait anéanti dans l’Eſprit des hommes ; quand ils jouïſſent de tout ce qu’ils peuvent obtenir pour le préſent, & s’en mettent en poſſeſſion, concluant fauſſement qu’il n’en arrivera aucun mal : car cela n’eſt pas fondé ſur la comparaiſon qu’on peut faire de la grandeur d’un Bien & d’un Mal à venir, dequoi nous parlons préſentement, mais ſur une autre eſpèce de faux Jugement qui regarde le Bien ou le Mal conſidérez comme la cauſe & l’occaſion du plaiſir & de la douleur qui en doit provenir.

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