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John Locke

An Essay Concerning Human Understanding Section S72

Section 417 of 1,114

Canonical reference B2.C21.S72

English

Project Gutenberg transcription of Locke author text

I shall not now enlarge any further on the wrong judgments and neglect of what is in their power, whereby men mislead themselves. This would make a volume, and is not my business. But whatever false notions, or shameful neglect of what is in their power, may put men out of their way to happiness, and distract them, as we see, into so different courses of life, this yet is certain, that morality established upon its true foundations, cannot but determine the choice in any one that will but consider: and he that will not be so far a rational creature as to reflect seriously upon INFINITE happiness and misery, must needs condemn himself as not making that use of his understanding he should. The rewards and punishments of another life which the Almighty has established, as the enforcements of his law, are of weight enough to determine the choice against whatever pleasure or pain this life can show, where the eternal state is considered but in its bare possibility which nobody can make any doubt of. He that will allow exquisite and endless happiness to be but the possible consequence of a good life here, and the contrary state the possible reward of a bad one, must own himself to judge very much amiss if he does not conclude, - That a virtuous life, with the certain expectation of everlasting bliss, which may come, is to be preferred to a vicious one, with the fear of that dreadful state of misery, which it is very possible may overtake the guilty; or, at best, the terrible uncertain hope of annihilation. This is evidently so, though the virtuous life here had nothing but pain, and the vicious continual pleasure: which yet is, for the most part, quite otherwise, and wicked men have not much the odds to brag of, even in their present possession; nay, all things rightly considered, have, I think, even the worse part here. But when infinite happiness is put into one scale, against infinite misery in the other; if the worst that comes to the pious man, if he mistakes, be the best that the wicked can attain to, if he be in the right, who can without madness run the venture? Who in his wits would choose to come within a possibility of infinite misery; which if he miss, there is yet nothing to be got by that hazard? Whereas, on the other side, the sober man ventures nothing against infinite happiness to be got, if his expectation comes not to pass. If the good man be in the right, he is eternally happy; if he mistakes, he is not miserable, he feels nothing. On the other side, if the wicked man be in the right, he is not happy; if he mistakes, he is infinitely miserable. Must it not be a most manifest wrong judgment that does not presently see to which side, in this case, the preference is to be given? I have forborne to mention anything of the certainty or probability of a future state, designing here to show the wrong judgment that any one must allow he makes, upon his own principles, laid how he pleases, who prefers the short pleasures of a vicious life upon any consideration, whilst he knows, and cannot but be certain, that a future life is at least possible.

French

Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition

Il eſt d’une ſi grande importance d’avoir de véritables notions ſur la nature & l’étenduë de la Liberté, que j’eſpere qu’on me pardonnera cette Digreſſion où m’a engagé le deſir d’éclaircir une matiére ſi abſurde. Les Idées de Volonté, de Volition, de Liberté & de Néceſſité ſe préſentoient naturellement dans ces choſes dans la prémiére Edition de cet Ouvrage, ſuivant les lumiéres que j’avois alors ; mais en qualité d’amateur ſincére de la Vérité qui n’adore nullement ſes propres conceptions, j’avoûë que j’ai fait quelque changement dans mon opinion, croyant y être ſuffiſamment autoriſé par des raiſons que j’ai découvertes depuis la prémiére publication de ce Livre. Dans ce que j’écrivis d’abord, je ſuivis avec une entiére indifférence la Vérité, où je croyois qu’elle me conduiſoit. Mais comme je ne ſuis pas aſſez vain pour prétendre à l’Infaillibilité, ni ſi entêté d’un faux honneur que je veuille cacher mes fautes de peur de ternir ma reputation, je n’ai pas eu honte de publier, dans le même deſſein de ſuivre ſincerement la Vérité, ce qu’une recherche plus exacte m’a fait connoître. Il pourra bien arriver, que certaines gens croiront mes prémiéres penſées plus juſtes ; que d’autres, comme j’en ai déja trouvé, approuveront les derniéres ; & que quelques-uns ne trouveront ni les unes ni les autres à leur gré. Je ne ferai nullement ſurpris d’une telle diverſité de ſentimens ; parce que c’eſt une choſe aſſez rare parmi les hommes que de raiſonner ſans aucune prévention ſur des points controverſez, & que d’ailleurs il n’eſt pas fort aiſé de faire des déductions exactes dans des ſujets abſtraits ; & ſur tout lorſqu’elles ſont de quelque étenduë. C’eſt pourquoi je me croirai fort redevable à quiconque voudra prendre la peine d’éclaircir ſincerement les difficultez qui peuvent reſter dans cette matiére de la Liberté, ſoit en raiſonnant ſur les fondemens que je viens de poſer, ou ſur quelque autre que ce ſoit. Du reſte, avant que de finir ce Chapitre, je croi que, pour avoir des Idées plus diſtinctes de la Puiſſance, il ne ſera ni hors de propos ni inutile de prendre une plus exacte connoiſſance de ce qu’on nomme Action. J’ai déja dit * au commencement de ce Chapitre, qu’il n’y a que deux ſortes d’Actions dont nous ayions d’idées, ſavoir, le Mouvement & la Penſée. Or quoi qu’on donne à ces deux choſes le nom d’Action, & qu’on les conſidére comme telles, on trouvera pourtant, à les conſiderer de près, que cette Qualité ne leur convient pas toûjours parfaitement. Et ſi je ne me trompe, il y a des exemples de ces deux eſpèces de choſes, qu’on reconnoîtra, après les avoir examinées exactement, pour des Paſſions plûtôt que pour des Actions, & par conſéquent, pour de ſimples effets de puiſſances paſſives dans des ſujets qui pourtant paſſent à leur occaſion pour véritables Agents. Car dans ces exemples, la Subſtance en qui ſe trouve le mouvement ou la penſée, reçoit purement de dehors l’impreſſion par où l’action lui eſt communiquée ; & ainſi, elle n’agit que par la ſeule capacité qu’elle a de recevoir une telle impreſſion de la part de quelque Agent extérieur ; de ſorte qu’en ce cas-là, la Puiſſance n’eſt pas proprement dans le ſujet une Puiſſance active, mais une pure capacité paſſive. Quelquefois, la Subſtance ou l’Agent ſe met en action par ſa propre puiſſance, & c’eſt là proprement une Puiſſance active. On appelle Action, toute modification qui ſe trouve dans une Subſtance par laquelle modification cette Subſtance produit quelque effet ; par exemple, qu’une Subſtance ſolide agiſſe par le moyen du mouvement ſur les Idées ſenſibles de quelque autre Subſtance, ou y cauſe quelque alteration, nous donnons à cette modification du mouvement le nom d’Action. Cependant, à bien conſiderer la choſe, ce mouvement n’eſt dans cette Subſtance ſolide qu’une ſimple paſſion, ſi elle le reçoit uniquement de quelque Agent extérieur. Et par conſéquent, la Puiſſance active de mouvoir ne ſe trouve dans aucune Subſtance, qui étant en repos ne ſauroit commencer le mouvement en elle-même, ou dans quelque Subſtance. De même, à l’égard de la Penſée, la puiſſance de recevoir des idées ou des penſées par l’opération de quelque Subſtance extérieure, s’appelle Puiſſance de penſer, mais ce n’eſt dans le fond qu’une Puiſſance paſſive, ou une ſimple capacité. Mais le pouvoir que nous avons de rappeller, quand nous voulons, des Idées abſentes, & de comparer enſemble celles que nous jugeons à propos, eſt véritablement un Pouvoir actif. Cette reflexion peut nous empêcher de tomber, à l’égard de ce qu’on nomme Puiſſance & Action, dans des erreurs, où la Grammaire & le tour ordinaire des Langues peuvent nous engager facilement, parce que ce qui eſt ſignifié par les verbes que les Grammairiens nomment Actifs, ne ſignifie pas toûjours l’Action : Par exemple, ces Propoſitions, Je vois la Lune, ou une Etoile, Je ſens la chaleur du Soleil, quoi qu’exprimées par un verbe actif, ne ſignifient en moi aucune action par où, j’opère ſur ces Subſtances mais ſeulement la reception des idées de lumiére, de rondeur & de chaleur ; en quoi je ne ſuis point actif, mais purement paſſif ; de ſorte que, poſé l’état où ſont mes yeux ou mon Corps, je ne ſaurois éviter de recevoir ces Idées. Mais lorſque je tourne mes yeux d’un autre côté, ou que j’éloigne mon Corps des rayons du Soleil, je ſuis proprement actif, parce que par mon propre choix, & par une puiſſance que j’ai en moi-même, je me donne ce mouvement-là ; & une telle action eſt la production d’une Puiſſance Active.

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