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John Locke

An Essay Concerning Human Understanding Section S10

Section 976 of 1,114

Canonical reference B4.C10.S10

English

Project Gutenberg transcription of Locke author text

If, then, there must be something eternal, let us see what sort of being it must be. And to that it is very obvious to reason, that it must necessarily be a cogitative being. For it is as impossible to conceive that ever bare incogitative matter should produce a thinking intelligent being, as that nothing should of itself produce matter. Let us suppose any parcel of matter eternal, great or small, we shall find it, in itself, able to produce nothing. For example: let us suppose the matter of the next pebble we meet with eternal, closely united, and the parts firmly at rest together; if there were no other being in the world, must it not eternally remain so, a dead inactive lump? Is it possible to conceive it can add motion to itself, being purely matter, or produce anything? Matter, then, by its own strength, cannot produce in itself so much as motion: the motion it has must also be from eternity, or else be produced, and added to matter by some other being more powerful than matter; matter, as is evident, having not power to produce motion in itself. But let us suppose motion eternal too: yet matter, INCOGITATIVE matter and motion, whatever changes it might produce of figure and bulk, could never produce thought: knowledge will still be as far beyond the power of motion and matter to produce, as matter is beyond the power of nothing or nonentity to produce. And I appeal to every one's own thoughts, whether he cannot as easily conceive matter produced by NOTHING, as thought to be produced by pure matter, when, before, there was no such thing as thought or an intelligent being existing? Divide matter into as many parts as you will, (which we are apt to imagine a sort of spiritualizing, or making a thinking thing of it,) vary the figure and motion of it as much as you please--a globe, cube, cone, prism, cylinder, &c., whose diameters are but 100,000th part of a GRY, will operate no otherwise upon other bodies of proportionable bulk, than those of an inch or foot diameter; and you may as rationally expect to produce sense, thought, and knowledge, by putting together, in a certain figure and motion, gross particles of matter, as by those that are the very minutest that do anywhere exist. They knock, impel, and resist one another, just as the greater do; and that is all they can do. So that, if we will suppose NOTHING first or eternal, matter can never begin to be: if we suppose bare matter without motion, eternal, motion can never begin to be: if we suppose only matter and motion first, or eternal, thought can never begin to be. [For it is impossible to conceive that matter, either with or without motion, could have, originally, in and from itself, sense, perception, and knowledge; as is evident from hence, that then sense, perception, and knowledge, must be a property eternally inseparable from matter and every particle of it. Not to add, that, though our general or specific conception of matter makes us speak of it as one thing, yet really all matter is not one individual thing, neither is there any such thing existing as ONE material being, or ONE single body that we know or can conceive. And therefore, if matter were the eternal first cogitative being, there would not be one eternal, infinite, cogitative being, but an infinite number of eternal, finite, cogitative beings, independent one of another, of limited force, and distinct thoughts, which could never produce that order, harmony, and beauty which are to be found in nature. Since, therefore, whatsoever is the first eternal being must necessarily be cogitative; and] whatsoever is first of all things must necessarily contain in it, and actually have, at least, all the perfections that can ever after exist; nor can it ever give to another any perfection that it hath not either actually in itself, or, at least, in a higher degree; [it necessarily follows, that the first eternal being cannot be matter.]

French

Pierre Coste · Pierre Mortier, Amsterdam, 1735, third edition

Si donc il doit y avoir un etre qui exiſte de toute éternité, voyons de quelle de ces deux ſortes d’Etre il faut qu’il ſoit. Et d’abord la Raiſon porte naturellement à croire que ce doit être neceſſairement un Etre qui penſe ; car il eſt auſſi impoſſible de concevoir que la ſimple Matiére non-penſante produiſe jamais un Etre intelligent qui penſe, qu’il eſt impoſſible de concevoir que le Néant pût de lui-même produire la Matiére. En effet, ſuppoſons une partie de Matiére, groſſe ou petite, qui exiſte de toute éternité, nous trouverons qu’elle eſt incapable de rien produire par elle-même. Suppoſons par exemple, que la matiére du premier caillou qui nous tombe entre les mains, ſoit éternelle, que les parties en ſoient exactement unies, & qu’elles ſoient dans un parfait repos les unes auprès des autres : s’il n’y avoit aucun autre Etre dans le Monde, ce caillou ne demeureroit-il pas éternellement dans cet état, toûjours en repos & dans une entiére inaction ? Peut-on concevoir qu’il puiſſe ſe donner du mouvement à lui-même, n’étant que pure Matiére, ou qu’il puiſſe produire aucune choſe ? Puis donc que la Matiére ne ſauroit, par elle-même, ſe donner du mouvement, il faut qu’elle ait ſon mouvement de toute éternité, ou que le mouvement lui ait été imprimé par quelque autre Etre plus puiſſant que la Matiére, laquelle, comme on voit, n’a pas la force de ſe mouvoir elle-même. Mais ſuppoſons que le Mouvement ſoit de toute éternité dans la Matiére ; cependant la Matiére qui eſt un Etre non-penſant, & le Mouvement ne ſauroient jamais faire naître la Penſée, quelque changemens que le Mouvement puiſſe produire tant à l’égard de la Figure qu’à l’égard de la groſſeur des parties de la Matiére. Il ſera toûjours autant au deſſus des forces du Mouvement & de la Matiére de produire de la Connoiſſance, qu’il eſt au deſſus des forces du Néant de produire de la Matiére. J’en appelle à ce que chacun penſe en lui-même : qu’il diſe s’il n’eſt point vrai qu’il pourroit concevoir auſſi aiſément la Matiére produite par le Néant, que ſe figurer que la Penſée ait été produite par la ſimple Matiére dans un temps, auquel il n’y avoit aucune choſe penſante, ou aucun Etre intelligent qui exiſtât actuellement. Diviſez la Matiére en autant de petites parties qu’il vous plairra, (ce que nous ſommes portez à regarder comme un moyen de la ſpiritualiſer & d’en faire une choſe penſante) donnez-lui, dis-je, toutes les Figures & tous les différens mouvemens que vous voudrez ; faites-en un Globe, un Cube, un Cone, un Prisme, &c. dont les Diamètres ne ſoient que la 1000000 partie d’un () Gry ; cette Particule de matiére n’agira pas autrement ſur d’autres Corps d’une groſſeur qui lui ſoit proportionnée, que des Corps qui ont un pouce ou un pié de Diamètre ; & vous pouvez eſpérer avec autant de raiſon de produire du ſentiment, des Penſées & de la Connoiſſance, en joignant enſemble de groſſes parties de matiére qui ayent une certaine figure & un certain mouvement, que par le moyen des plus petites parties de Matiére qu’il y ait au Monde. Ces dernieres ſe heurtent, ſe pouſſent & réſiſtent l’une à l’autre, juſtement comme les plus groſſes parties ; & c’eſt là tout ce qu’elles peuvent faire. Par conſéquent, ſi nous ne voulons pas ſuppoſer un Prémier Etre qui aît exiſté de toute éternité, la Matiére ne peut jamais commencer d’exiſter ; & ſi nous ſuppoſons qu’il n’y a eu que la Matiére & le Mouvement qui ayent exiſté, ou qui ſoient éternels, on ne voit pas que la Penſée puiſſe jamais commencer d’exiſter. Car il eſt impoſſible de concevoir que la Matiére, ſoit qu’elle ſe meuve ou ne ſe meuve pas, puiſſe avoir originairement en elle-même, ou tirer, pour ainſi dire, de ſon ſein le ſentiment, la perception & la connoiſſance ; comme il paroit évidemment de ce qu’en ce cas-là ce devroit être une Propriété éternellement inſeparable de la Matiére & de chacune de ſes parties, d’avoir du ſentiment, de la perception, & de la connoiſſance. A quoi l’on pourroit ajoûter, qu’encore que l’idée générale & ſpecifique que nous avons de la Matiére nous porte à en parler comme ſi c’étoit une choſe unique en nombre, cependant toute la Matiére n’eſt pas proprement une choſe individuelle qui exiſte comme un Etre materiel, ou un Corps ſingulier que nous connoiſſons, ou que nous pouvons concevoir. De ſorte que ſi la Matiére étoit le prémier Etre éternel penſant, il n’y auroit pas un Etre unique éternel, infini & penſant, mais un nombre infini d’Etres éternels, finis, penſans, qui ſeroient indépendans les uns des autres, dont les forces ſeroient bornées, & les penſées diſtinctes, & qui par conſéquent ne pourroient jamais produire cet Ordre, cette Harmonie, & cette Beauté qu’on remarque dans la Nature. Puis donc que le Prémier Etre doit être néceſſairement un Etre penſant, & que ce qui exiſte avant toutes choſes, doit néceſſairement contenir, & avoir actuellement, du moins, toutes les perfections qui peuvent exiſter dans la ſuite ; (car il ne peut jamais donner à un autre des Perfections qu’il n’a point, ou actuellement en lui-même, ou du moins dans un plus haut dégré) il s’enſuit néceſſairement de là, que le prémier Etre éternel ne peut être la Matiére.

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