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Seneca

Consolation to Polybius Chapter 4

Chapter 4 of 18

Canonical reference 4

Latin

Perseus canonical Latin TEI

Diutius accusare fata possumus, mutare non possumus. Stant dura et inexorabilia ; nemo illa convicio, nemo fletu, nemo causa movet ; nihil umquam ulli parcunt nec remittunt. Proinde pareamus lacrimis nihil proficientibus ; facilius enim nos inferis dolor iste adiciet quam illos nobis reducet. Qui si nos torquet, non adiuvat, primo quoque tempore deponendus est et ab inanibus solaciis atque amara quadam libidine delendi animus recipiendus est. Nam lacrimis nostris nisi ratio finem fecerit, fortuna non faciet. Omnis agedum mortalis circumspice, larga ubique flendi et adsidua materia est. Alium ad cotidianum opus laboriosa egestas vocat, alium ambitio numquam quieta sollicitat, alius divitias, quas optaverat, metuit et voto laborat suo, alium solitudo torquet, alium semper vestibulum obsidens turba ; hic habere se dolet liberos, hic perdidisse. Lacrimae nobis deerunt ante quam causae dolendi. Non vides, qualem nobis vitam rerum natura promiserit, quae primum nascentium hominum fletum esse voluit ? Hoc principio edimur, huic omnis sequentium annorum ordo consentit. Sic vitam agimus, ideoque moderate id fieri debet a nobis, quod saepe faciendum est, et respicientes, quantum a tergo rerum tristium immineat, si non finire lacrimas, at certe reservare debemus. Nulli parcendum est rei magis quam huic, cuius tam frequens usus est.

English

Aubrey Stewart · Minor Dialogues Together with the Dialogue on Clemency (1889)

We might go on blaming fate much longer, but we cannot alter it: it stands harsh and inexorable: no one can move it by reproaches, by tears, or by justice. Fate never spares any one, never makes allowances to any one. Let us, then, refrain from unprofitable tears: for our grief will carry us away to join him sooner than it will bring him back to us: and if it tortures us without helping us, we ought to lay it aside as soon as possible, and restore the tone of our minds after their indulgence in that vain solace and the bitter luxury of woe: for unless reason puts an end to our tears, fortune will not do so. Look around, I pray you, upon all mortals: everywhere there is ample and constant reason for weeping: one man is driven to daily labour by toilsome poverty, another is tormented by never-resting ambition, another fears the very riches that he once wished for, and suffers from the granting of his own prayer: one man is made wretched by loneliness, another by labour, another by the crowds which always besiege his antechamber. This man mourns because he has children, that one because he has lost them. Tears will fail us sooner than causes for shedding them. Do you not see what sort of a life it must be that Nature has promised to us men when she makes us weep as soon as we are born? We begin life in this fashion, and all the chain of years that follow it is in harmony with it. Thus we pass our lives, and consequently we ought to be sparing in doing what we have to do so often, and when we look back upon the mass of sorrows that hangs over us, we ought, if not to end our tears, at any rate to reserve them. There is nothing that we ought to husband more carefully than this, which we are so often obliged to expend.

French

Joseph Baillard · Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe (1914)

Nous pouvons accuser, sans fin la destinée ; la changer, nous ne le pouvons. Fixe et inexorable dans ses rigueurs, ne invectives, ni pleurs, ni bon droit ne l’émeuvent : elle n’épargne jamais personne, elle ne fait grâce de rien. Étouffons donc des lamentations infructueuses : elles nous réuniraient plutôt à l’objet de nos douleurs qu’elles ne le tireraient de la tombe. Des tortures ne sont pas des remèdes : il faut dès l’abord y renoncer ; et de puérils soulagements et je ne ne ne sais quel amer plaisir de tristesse ne doivent point captiver notre âme. Car si la raison ne met un terme à nos larmes, ce n’est pas le sort qui l’y mettra. Jetez les yeux sur l’humanité qui vous environne : partout d’abondantes et d’inépuisables causes de chagrins. Une besogneuse indigence appelle cet homme à un labeur de tous les jours ; celui-là est aiguillonné par l’ambition, qui ne connaît pas le repos ; tel qui a souhaité les richesses, les redoute, et l’accomplissement de ses vœux fait son supplice ; ou les soucis ou les affaires nous tourmentent, ou les flots de clients qui assiègent sans cesse notre vestibule ; l’un gémit d’avoir des enfants, l’autre de les avoir perdus. Les larmes nous manqueront plus tôt que les motifs d’en verser. Ne voyez-vous pas quelle existence nous a promise la nature en voulant que les pleurs fussent le premier augure de notre naissance ? Tel est le début de la vie, et la suite de nos ans y répond : c’est dans les pleurs qu’ils se passent. Que ceci nous apprenne à nous modérer dans ce qui doit se renouveler si souvent ; et voyant se presser sur nos pas cette masse d’afflictions imminentes, sachons tarir ou du moins réserver nos larmes. S’il est une chose dont il faille être avare, c’est surtout de celle dont l’usage n’est que trop fréquent. Pensez aussi, pour vous raffermir davantage, que le moins flatté de votre douleur est celui à qui elle semble s’adresser. Ou il vous défend ces cruels regrets, ou il les ignore : rien donc n’autorise un pareil hommage : offert à qui ne le sent point, il est stérile, et il déplaît s’il est senti.

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