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Baruch Spinoza

Treatise on the Emendation of the Intellect, Émile Saisset’s French Translation Section section-0022

Section 22 of 46

Canonical reference section-0022

French

Émile Saisset or Paul Janet

Nous n’avons donc pas à craindre de feindre une chose, du moment que nous en avons une perception claire et distincte ; car, qu’il nous arrive de dire que des hommes se métamorphosent subitement en bêtes, c’est là une proposition très-générale, et si générale que nous n’avons dans l’esprit aucune conception, aucune idée, aucun rapport précis d’un sujet à un prédicat ; autrement, nous apercevrions en même temps et le moyen et la cause de ce phénomène. De plus, nous ne faisons guère attention à la nature du sujet et du prédicat.
Or, il suffit que l’idée qui sert de point de départ ne soit pas une idée fictive, et que toutes les autres idées en soient déduites pour réprimer aussitôt notre penchant à feindre. Ensuite, toute idée fictive n’étant ni claire ni distincte, mais seulement confuse, et toute confusion venant de ce que l’esprit ne connaît qu’en partie une chose qui est un tout indivisible ou qui est composée de plusieurs parties, et de ce qu’il ne distingue pas le connu de l’inconnu, et en outre, de ce qu’il porte son attention, tout ensemble et sans rien distinguer, sur toutes les choses qui sont contenues dans un autre, il s’ensuit, en premier lieu, que si nous avons l’idée d’une chose parfaitement simple, cette idée ne pourra pas ne pas être claire et distincte. Car cette chose ne saurait être connue en partie ; elle sera connue tout entière ou point du tout.
Il s’ensuit, en second lieu, que si nous divisons en ses parties simples une chose composée, et que nous attachions séparément notre attention sur chacune de ces parties, toute confusion se dissipera aussitôt. Il s’ensuit, en troisième lieu, que nulle fiction ne peut être simple, mais qu’elle est toujours composée d’idées diverses, confuses, empruntées à des sujets divers et à des actions diverses qui existent dans la nature ; ou mieux, elle est le résultat de l’attention [ 25 ] embrassant ensemble, sans aucun assentiment de l’esprit, toutes ces diverses idées. Car une fiction qui serait simple serait claire et distincte, par conséquent vraie ; et une fiction qui ne serait que l’assemblage d’idées distinctes serait claire et distincte, par conséquent vraie. Par exemple, dès que nous connaissons la nature du cercle et du carré, il ne nous est plus possible de mêler ensemble ces deux figures, et d’imaginer un cercle carré, non plus qu’une âme carrée, et autres choses semblables.
Concluons rapidement, et montrons en résumant que nous n’avons nullement à craindre de confondre ce qui n’est qu’une fiction avec les idées vraies. Pour le premier genre de fiction dont nous avons parlé, celle où la chose est clairement conçue, nous avons vu que si l’existence de cette chose nous est donnée comme une vérité éternelle, elle est par là même inaccessible à la fiction. Si l’existence de la chose conçue n’est pas une vérité éternelle, il faut seulement comparer son existence à son essence, et considérer l’ordre de la nature. Dans le second genre de fiction, que nous avons dit être le résultat de l’attention enveloppant sans l’assentiment de l’esprit différentes idées confuses empruntées à divers objets et diverses actions de la nature, nous avons vu que nous pouvions feindre une chose absolument simple, et qu’il en est de même d’une chose composée, pourvu que nous attachions notre attention aux éléments simples qui la constituent. Bien plus, il n’est pas même en notre pouvoir de feindre quelque action qui se rapporterait à ces objets et qui ne serait pas vraie ; car nous serions obligés de considérer en même temps les causes et les motifs de cette action.

English AI-generated translation, non-official

Codex gpt-5.6-sol · Non-official working translation · 2026-09-11

We therefore have no need to fear feigning a thing, provided that we have a clear and distinct perception of it. For if we happen to say that human beings are suddenly metamorphosed into beasts, this is a very general proposition, so general that we have in the mind no conception, no idea, no precise relation of a subject to a predicate. Otherwise, we would perceive at the same time both the means and the cause of this phenomenon. Moreover, we pay scarcely any attention to the nature of the subject and the predicate.
Now it is enough that the idea serving as the point of departure should not be a fictitious idea, and that all the other ideas should be deduced from it, for our inclination to feign to be immediately restrained. Next, since every fictitious idea is neither clear nor distinct, but only confused, and since all confusion arises because the mind knows only in part a thing that is an indivisible whole or that is composed of several parts, and because it does not distinguish the known from the unknown, and furthermore because it directs its attention, all at once and without making any distinction, to all the things contained within another, it follows, first, that if we have the idea of a perfectly simple thing, that idea cannot fail to be clear and distinct. For that thing cannot be known in part; it will be known wholly or not at all.
It follows, second, that if we divide a composite thing into its simple parts and direct our attention separately to each of those parts, all confusion will immediately be dispelled. It follows, third, that no fiction can be simple, but is always composed of various confused ideas borrowed from various subjects and various actions existing in nature; or rather, it is the result of attention [ 25 ] embracing together, without any assent of the mind, all these various ideas. For a fiction that was simple would be clear and distinct, and consequently true; and a fiction that was merely an assemblage of distinct ideas would be clear and distinct, and consequently true. For example, as soon as we know the nature of the circle and of the square, it is no longer possible for us to mingle these two figures and imagine a square circle, any more than a square mind and other similar things.
Let us conclude briefly and show, in summary, that we have no reason whatever to fear confusing what is merely a fiction with true ideas. As to the first kind of fiction of which we spoke, the one in which the thing is clearly conceived, we saw that if the existence of that thing is given to us as an eternal truth, it is by that very fact inaccessible to fiction. If the existence of the conceived thing is not an eternal truth, one need only compare its existence with its essence and consider the order of nature. As to the second kind of fiction, which we said was the result of attention embracing, without the mind’s assent, different confused ideas borrowed from various objects and various actions of nature, we saw that we could feign an absolutely simple thing, and that the same holds for a composite thing, provided that we direct our attention to the simple elements constituting it. What is more, it is not even within our power to feign any action relating to these objects that would not be true, for we would be obliged to consider at the same time the causes and motives of that action.

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